Troisième République

Le protectorat sur le Maroc
1912

L'apparition du Maroc comme enjeu central dans les préoccupations françaises fut tardif. Ce pays s'était isolé à peu près totalement du monde extérieur
Dès le début du XIXème siècle, le sultan Moulay Sliman voyait dans le commerce avec l'étranger un appauvrissement du pays et dans les contacts avec les infidèles un risque de corruption. La plupart des ports furent interdits aux étrangers. Un droit de 50 % fut imposé sur les importations, tandis que l'exportation des produits habituels grains, huile, laine était prohibée. La colonie européenne se réduisait à une centaine de personnes à Tanger, où les consuls vivaient relégués, sans contact avec les réalités du pays.
L'irruption de la France en Algérie et l'effondrement de la " Régence " d'Alger allaient briser cet isolement. Le " makhzen ", gouvernement du sultan, avait conservé sa sérénité face à la chute d'Alger, mais il intervint, presque par automatisme, dans les affaires d'Algérie. Par solidarité religieuse et politique, le Maroc devint la base arrière de l'insurrection d'Abd el Kader, tandis que se dessinaient des perspectives de redistribution territoriale.  Moulay Abderrahman reçut l'allégeance des habitants de Tlemcen et fut près d'établir son pouvoir sur le " beyiik " d'Oran. Bientôt, l'Europe imposa sa loi :" l'empire chérifien " fut battu par la France (1844), puis par l'Espagne (1860), et contraint de céder aux exigences commerciales de l'Angleterre (1856).
En 1871, suite à sa défaite face à l'Allemagne, la France renonce à son droit de suite aux confins de la frontière algéro-marocaine. L'influence française marque un recul en Afrique du Nord au lendemain de sa défaite face à l'Allemagne. Alger n'assure plus son rôle de police des frontières qui sont désormais placés sous la responsabilité du makhzen. Le " jeu des puissances " préservait cependant l'indépendance du pays. L'Europe installait ses fonctionnaires, prenait en main les services douaniers, mais Londres fit savoir, avec netteté, qu'elle ne tolérerait aucune annexion. Empiétements sur la souveraineté marocaine et neutralisation réciproque des  " puissances " aboutirent, le 19 mai 1880, à une conférence internationale à Madrid, avec l'accord du sultan, afin de régler le problème des " protégés " de l'étranger. De plus en plus de sujets marocains cherchaient à échapper à l'autorité despotique des pachas et à leur fiscalité en se plaçant sous la " protection " de tel ou tel État européen (ou des États Unis). La Russie s'étant récusée douze nations furent représentées. Le droit de protection fut reconnu officiellement et codifié dans une convention de 18 articles. Il sera invoqué par l'Allemagne lors de la première crise marocaine.

Depuis les années 1880, la " question marocaine " semblait oubliée. Dès 1884, la France avait choisi le statu quo. Jules Ferry mit fin à la mission du très actif ministre de France à Tanger, Ladislas Ortega, ami personnel de Gambetta et d'Eugène Étienne : " Le gouvernement de la République ne veut pas d'affaire au Maroc ". Mais, le partage de l'Afrique allait s'achever et de nouvelles ambitions se faisaient jour au sein du parti colonial. Le Comité de l'Afrique française assurait : " L'état actuel du Maroc n'est qu'un provisoire à allonger aussi longtemps que nous ne serons pas prêts à profiter de sa désagrégation ; mais il faut nous y préparer dès maintenant ".

En 1889, une ambassade marocaine se rend à Berlin pour y signer un traité commercial et un contrat d'armement. L'Allemagne, soucieuse d'équilibrer la pénétration française et anglaise sur le continent africain, entend ainsi accroître son influence au Maroc. 
Restaient les " intérêts des puissances ". L' Espagne possédait les " présides " de Ceuta et Mellila, grossis des acquisitions de la guerre hispano marocaine.  L'Angleterre, à partir de Gibraltar, assurait 40 % du commerce marocain et contrôlait le détroit. L'Allemagne exprimait ses prétentions par des plans de partage donnant à l'Angleterre Tanger et la côte méditerranéenne, à l'Allemagne Rabat, Casablanca et Mogador, à la France, les confins algéro marocains jusqu'à la Moulouya. On a pu résumer la situation en disant qu'à l'Angleterre allait le Maroc stratégique, à l'Allemagne le Maroc économique et à la France le Maroc pittoresque...
En 1891, l'établissement d'un poste français à El-Goléa, à la frontière algéro- marocaine amène le sultan à considèrer cette décision comme un acte d'hostilité, d'autant que l'annexion des oasis situés aux confins algéro-marocains est envisagée par le gouvernement français.
En 1892, La France annexe les confins algéro-marocains. Le Makhzen ayant renoncé à entrer en guerre, les deux partis concluent un traité commercial. La politique marocaine de la France déclenche une violente campagne de presse en Grande-Bretagne où l'on évoque un partage du Maroc. 
En 1893, des troupes espagnoles débarquent à Mellila. L'Espagne, qui a déjà 25 000 hommes dans l'enclave, exige une indemnité pour la destruction d'un fortin par les tribus. L'incident illustre les pressions qui s'exercent sur le Maroc alors que la tension persiste sur la frontière avec l'Algérie. 
Au lendemain de la crise de Fachoda (1898)   le fameux face à face franco anglais dans le Haut Nil, qui se termina par l'humiliation de la France  , le " parti colonial " procède, derrière Eugène Étienne, à une révision déchirante de ses objectifs. Il décide d'abandonner la vaine confrontation avec l'Angleterre sur l'Égypte, et cherche à acquérir une " compensation ", dans la logique du Concert européen et de la diplomatie de l'équilibre. Elle va porter sur le Maroc, dont l'entrée dans le domaine colonial français devient la nouvelle priorité.
Le Maroc devient un élément décisif de la " plus grande France " à construire autour de la Méditerranée, mais les intérêts avancés sont stratégiques et moraux   même si le potentiel en matières premières et la qualité de débouché pour les industries françaises ne sont pas à négliger. La France et l'Allemagne entament leur rivalité au Maroc. Paris obtient de la Grande-Bretagne la reconnaissance de son autorité sur l'hinterland d'Afrique du Nord. Mais Berlin, qui entend s'imposer sur le terrain, envoie un nouveau représentant au Maroc. Ce dernier rejoint son poste en navire de guerre, accompagné de négociants, d'industriels et d'un état-major d'officiers. 
En 1899, la société des géographes d'Alger plaide en faveur de l'établissement d'un protectorat sur le Maroc. Elle démontre tous les avantages que représenterait une telle situation, notamment, pour les relations commerciales, et évoque la possibilité de prolonger la voie ferrée reliant Tunis à Tlemcen jusqu'à Fès et Tanger.  Eugène Étienne préconisait une " pénétration pacifique " et progressive de la France, afin de désarmer la méfiance des " puissances ". Delcassé soutenait la vision d'Étienne et déclarait, en juillet 1901, qu'une ingérence étrangère dans " un pays limitrophe de l'Algérie française " serait considérée comme un acte inamical.
À l'été 1902, Cambon rejoint le parti colonial dans le projet d'un troc plus général, Maroc Égypte. Mais Delcassé reste d'autant plus hostile qu'il est persuadé que l'Angleterre intrigue au Maroc. L'influence prise, à la cour du sultan, par le " caïd Maclean ", un aventurier anglais, ancien officier subalterne à Gibraltar, devenu instructeur des forces marocaines et conseiller privé du souverain, enflamme les imaginations à Paris. Au début de 1902, la légation de France à Tanger est persuadée que l'Angleterre veut établir un protectorat sur le Maroc. Ce ne sera qu'en février 1903 que la décision de Delcassé est prise: il se rallie à l'idée d'un troc Maroc Égypte.
En décembre 1902, la révolte de Bou Hamara, vainqueur des troupes du sultan, fait craindre l'anarchie. Après tout, mieux vaut laisser à la France le soin de contrôler un pays aussi difficile. Le changement était perceptible chez Edouard VII, qui assurait : " Nous devons garder entre nous, France, Espagne, Angleterre, la question du Maroc ", tandis que Chamberlain plaçait désormais les destinées du monde dans une " triple Entente France Russie Angleterre " et que le secrétaire au Foreign office Lansdowne, pour la première fois, faisait connaître à Cambon son souhait d'un dialogue avec la France sur le Maroc.
La France et le Maroc concluent un accord, qui reprend les termes du traité de 1845, afin de mettre un terme à l'aggravation des relations diplomatiques entre les deux pays depuis l'assassinat d'un français d'Oran. Le 1er novembre, la France et l'Italie signent un accord secret laissant les mains libres aux Français dans le pays. Celui-ci est également l'objet de visées allemandes avec la création à Berlin d'une Compagnie marocaine.
Le 16 mars 1904, des accords sont signés entre la France et la Grande Bretagne sur le Maroc et l'Égypte, accords aux termes desquels l'Angleterre n'entravera pas l'action de la France, qui, en tant que " pays limitrophe du Maroc ", se voit reconnaître la mission d'assurer l'ordre et le développement de l'empire chérifien. Les articles secrets prévoient l'hypothèse d'un changement de " l'état politique " du Maroc et de l'Égypte. L'établissement de protectorats   " L'introduction de réformes ... tendant à assimiler la législation à celle des autres pays civilisés "   sera discutée par les deux puissances et mis en oeuvre parallèlement. L'Espagne recevrait, dans ce cas, " une certaine quantité de territoires marocains adjacents à Mellila, Ceuta et autres présides ".
Les intérêts espagnols au Maroc feront l'objet d'un accord négocié par la France avec Madrid et " communiqué à Londres ". L'Espagne reconnaît non sans difficultés la position prééminente de la France, mais cette déclaration a une contre partie secrète Delcassé découpe, dans le nord du Maroc, une large zone réservée à l'in fluence espagnole, de la Moulouya à l'Océan atlantique, au sud de Larache pour que l'Espagne ne devienne l'instrument de l'Allemagne au Maroc! "
1905; La France présente au sultan un vaste programme de réformes : réorganisation de l'armée et des douanes, création d'une banque d'État et développement des travaux publics sous contrôle français. Le protectorat se profile. Bien que les banquiers allemands, qui investissent dans la réalisation du chemin de fer de Bagdad, hésitent à prêter leurs services au sultan. L'empereur Guillaume II veut mettre à l'épreuve l'Entente cordiale : l'Angleterre peut décevoir la France en ne la soutenant que faiblement et la France décourager l'Angleterre si elle s'incline devant un ultimatum allemand. En visite chez le sultan, il dénonce les visées impérialistes de la France. Cette déclaration, lors d'une allocution de circonstance devant la vingtaine d'Allemands de Tanger prend l'allure d'une déclaration officielle et ouvre une période de tension franco-allemande qui aboutira à la conférence d'Algéciras.
Pour la première fois de leur histoire, les États Unis entrent dans le Concert européen. Décidé à faire de son pays un acteur majeur de la scène internationale, le très dynamique Théodore Roosevelt, saisi par une lettre de Guillaume II, intervient dans la querelle franco allemande. Il engage la France à accepter le principe d'une conférence et l'Allemagne à ne pas abuser de sa première victoire qu'a été la démission de Delcassé. La France accepte de participer à une conférence européenne sur le Maroc.
1906: La conférence d'Algésiras scelle le destin du pays. Le Maroc est placé sous la protection des grandes puissances européennes (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne et Italie). Toutefois la prépondérance de la France est admise par les participants, en raison des frontières algéro-marocaines et des intérêts liant ces deux contrées.
En 1907, Moulay Hafid, frère d'Abd el Aziz, se fait proclamer sultan à Marrakech, en août 1907, avec l'aide des tribus du Sud. Après une année de conflit, il parvient à s'imposer.
En 1911, depuis la conférence d'Algésiras, le Maroc est agité par une vague de xénophobie, attisée discrètement par le sultan Abd el Aziz et encouragée par l'Allemagne. Dans les villes, les Européens sont molestés ou assassinés. La France réagit par l'envoi d'un corps expéditionnaire qui débarque à Casablanca, tandis que des unités d'Algérie franchissent la frontière, occupant Oujda. Mais Paris craint les complications diplomatiques et bride ses troupes, évitant ce qui pourrait ressembler à une occupation définitive.
Le nouveau sultan, qui a imposé de lourds impôts pour rembourser les dettes d'Abd el Aziz, doit faire face au soulèvement des tribus du nord. Il est assiégé dans Fès et les Européens de la ville sont menacés. Le consul de France convainc le monarque marocain de faire appel à la France. Delcassé, de retour au gouvernement comme ministre de la marine, se porte au premier rang des interventionnistes, demandant une action " prompte et énergique ". 15 000 hommes sont alors envoyés pour dégager le sultan et juguler la rébellion  assez rapidement pour ne pas réveiller les problèmes avec l'Allemagne. L'ordre est rétabli dès le début juillet. Dans le même temps, l'Espagne déploie sans incident ses troupes dans la zone qui lui a été reconnue en 1904. Le gouvernement français invoque la force majeure et promet d'évacuer Fès dès que l'ordre sera rétabli. Mais il est évident que le " mandat " défini à Algésiras a été dépassé et la France s'attend à une réédition du " coup de Tanger ".
Le 11 juillet 1911, alors que Caillaux devient Président du conseil le 1er juillet 1911 avec Delcassé au ministère de la marine, la canonnière allemande " Panther " arrive devant Agadir. L'Allemagne intervient, selon la note remise par son ambassadeur à Paris, pour protéger les ressortissants allemands menacés dans leur vie et leurs biens. Le cabinet français, à peine constitué, semble désarçonné par l'événement. Delcassé conseille la prudence : " Ne fournissons aucun prétexte à l'Allemagne ; attendons qu'elle découvre son jeu ". Surtout, Delcassé fait adopter le principe de décisions concertées avec Londres et Saint Pétersbourg.

L'Allemagne, qui pensait n'avoir affaire qu'à la France, se heurte aux avertissements de londres bien que l'ambassadeur d'Allemagne ait indiqué, le 7 juillet, que son gouvernement n'avait aucune prétention sur le Maroc, mais qu'il entendait obtenir des avantages appréciables dans le bassin du Congo. Un long et difficile marchandage commence. L'Allemagne, après avoir exigé la totalité du Congo, finit par se contenter d'un " gros morceau " de la colonie française, une bande de territoire en bordure du Cameroun, entre Sangha, Oubangui et Congo. La transaction prend forme dans l'accord du 4 novembre 1911. En outre, l'Allemagne s'engage à ne pas " entraver " l'action de la France au Maroc. Elle consent par avance à toutes les mesures de réorganisation   le mot " protectorat " est mentionné dans des lettres interprétatives.
La convention de Fès du 30 mars 1912 établit au Maroc un régime de protectorat analogue à celui de la Tunisie. L'Espagne se voit confirmer la possession de la zone du Rif, soit 28 000 kilomètres carrés, de l'Atlantique à l'embouchure de la Moulouya. Le roi du Maroc est une pièce importante dans l'établissement du protectorat, puisqu'il conserve sa légitimité politique et religieuse.


Le Maroc est le dernier des pays d'Afrique du Nord à passer sous la tutelle française, parce qu'il s'est trouvé en quelque sorte protégé par les visées expansionnistes concurrentes de l'ensemble des pays européens.
Pendant quatorze ans, le protectorat s'incarna dans la forte personnalité de Lyautey , premier résident général (1912-1925).Il fit œuvre de conquête, d'organisation, de mise en valeur. Le ralliement des tribus, au nom du sultan, s'obtint en usant de diplomatie à l'égard des grands caïds ou en effectuant des opérations militaires. 
Les institutions laissèrent subsister le makhzen central etles anciens pouvoirs locaux complétés et contrôlés par une administration nouvelle. L'action économique, à l'aide d'importants capitaux privés, pour une grande part contrôlés par la Banque de Mais l'essor économique,s'il entraînait le pays dans les voies nouvelles, n'était pas sans causer de graves déséquilibres qui rapidement se traduisaient par des mouvements sociaux 
et politiques.

Pendant quatorze ans, le protectorat s'incarna dans la forte personnalité de Lyautey , premier résident général (1912-1925).Il fit œuvre de conquête, d'organisation, de mise en valeur. Le ralliement des tribus, au nom du sultan, s'obtint en usant de diplomatie à l'égard des grands caïds ou en effectuant des opérations militaires. 
Les institutions laissèrent subsister le makhzen central et les anciens pouvoirs locaux complétés et contrôlés par une administration nouvelle. L'action économique, à l'aide d'importants capitaux privés, pour une grande part contrôlés par la Banque de France. Mais l'essor économique,s'il entraînait le pays dans les voies nouvelles, n'était pas sans causer de graves déséquilibres qui rapidement se traduisaient par des mouvements sociaux  et politiques. 

Durant son protectorat, la politique coloniale de la France divise le pays en pôles opposés : Arabes-Berbères, Sibâ-Makhzen, Maroc utile-Maroc inutile. Pourtant, avant la colonisation, le pays était quand même divisé. D'une part, le domaine du Makhzen (gouvernement) comprend les plaines habitées par les tribus arabes ou arabisées reconnaissant l'autorité politique et religieuse du souverain. De l'autre, le domaine du Sibâ, comprenant les régions montagneuses et éloignées de la côte, habitées par les Berbères jouissant d'une certaine autonomie politique tout en reconnaissant l'autorité religieuse du monarque. Le discours colonial exalte cette division pour faire valoir l'impossibilité du Maroc à constituer un État unitaire, tandis que le Protectorat ramène les termes à une division entre Maroc utile (Makhzen) et Maroc non-utile (Sibâ). La politique de ségrégation ethnique vise à séparer la population berbère du reste de la société marocaine. Un décret (Dahir) du 11 septembre 1914 soumet les Berbères au droit coutumier en les faisant sortir de la sphère d'application du droit religieux musulman; l'interdiction de la langue arabe parmi les Berbères et l'évangélisation s'ajoutent au Dahir. En mai 1930, un décret établit des juridictions berbères indépendantes, mais instaure les tribunaux français auprès de ces juridictions. Cette politique va être contestée par les maghrébins avec l'appui du reste du monde arabo-musulman.

Une partie du secteur agricole se tourne vers une agriculture moderne orientée vers l'exportation. Tandis que l'artisanat traditionnel connaît des difficultés, une industrie basée d'abord sur la richesse minière du pays se développe. Ces transformations entraînent d'importants mouvements de population à 
l'intérieur du Maroc (exode rural) et le développement d'un important centre économique sur la côte atlantique : Casablanca.

L'opposition de la domination européenne allait provoquer la révolte des masses paysannes  (révolte d'Abd el-Krim, 1921-1926), relayées à partir des années trente par les nouvelles élites urbaines, avant que n'entrent en scène, après la Seconde Guerre mondiale, les masses ouvrières. Abd el-Krim sut exploiter l'opposition à la domination européenne et le mécontentement des populations rifaines; la République des tribus confédérées du Rif mit un moment en péril le protectorat. 
La reddition d'Abd el-Krim en 1926, comme le retrait de Lyautey, ouvrit une nouvelle période où la France recourut de plus en plus à l'administration directe, accéléra la colonisation rurale encouragea le peuplement européen et reprit la conquête militaire, achevée en 1944. Les effets de la crise économique mondiale, qui fut sensible au Maroc en 1931-1932, des maladresses administratives, comme le dahir (arabe, zahir , loi) sur la juridiction berbère de mai 1930, la poussée démographique et ses premières conséquences sociales provoquèrent les premiers symptômes d'une nouvelle opposition. Celle-ci ne vint plus de la montagne et des forces traditionnelles, mais des jeunes élites modernes.
L'ère de libéralisme politique qu'ouvrait, en 1936, l'avènement du Front populaire en France encouragea les espoirs. Le mouvement gagnait les villes et les campagnes. Les troubles de 1937, à Meknès et Marrakech, montrèrent son extension. Pourtant, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les divisions du parti nationaliste, la crainte des revendications des pays de l'Axe rapprochèrent Français et Marocains. La défaite de 1940 devant les Allemands amena l'Espagne à occuper Tanger de 1940 à 1945. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes marocaines combattirent aux côtés de la France libre
Au lendemain du conflit, la situation avait considérablement changé. 
Les difficultés alimentaires, montrant la fragilité de l'économie du pays, avaient provoqué une grande misère et une forte émigration rurale. Le système colonial avait partout été ébranlé, la Charte de l'Atlantique avait rappelé le "droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous lequel ils veulent vivre". 
Les rangs des nationalistes grossissent et revendiquent l'indépendance et non plus seulement les réformes. Dès lors, le sultan Mohamed  V affiche clairement son soutien au mouvement de lutte pour l'indépendance, toujours plus important. Le débarquement américain de novembre 1942, l'entrevue d'Anfa de 1943 où le sultan rencontra Roosevelt, les encouragements du président des États-Unis au nationalisme marocain précisèrent les revendications des partis politiques. L'influence de la Ligue arabe, la caution donnée au mouvement nationaliste par le sultan (discours de Tanger, 1947) rendaient urgente une nouvelle définition du régime du protectorat. Des négociations s'engagèrent entre le sultan Sidi Mohammed et le gouvernement français, mais elles achoppèrent sur la question de souveraineté.
La suite de la domination française au Maroc jusqu'à l'indépendance du Royaume cherifien est traitée dans Relinter ( la Décolonisation) 

 

 

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Gérard Fourestier
Professeur Académie de Nice (France)
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