RELINTER

Éléments de mise en place du Monde Contemporain depuis la moitié du XXème siècle


L'arrivée des Mastodontes
Chine, Inde, Brésil


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Tendance lourde de la mondialisation : les pays riches doivent désormais compter avec la montée en puissance de plusieurs mastodontes du Sud qui à terme et si tout va bien à l'horizon 2030-2040 bouleverseront les rapports de force économiques et politiques mondiaux.

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Après l'émergence de la Corée, Taïwan, Hong Kong et Singapour (les Dragons ), puis les Tigres (la Malaisie , la Thaïlande, les Philippinnes et l'Indonésie et dans les années 90-95 les bébés Tigres avec les côtes chinoises du sud , le Vietnam et la Birmanie), voilà les Éléphants: la Chine, l’Inde et le Brésil, trois poids lourds démographiques (40% de la population mondiale) qui sont désormais bien décidés à profiter le plus possible de la mondialisation.
La Chine a reçu plus de 50  milliards de dollars d’investissements étrangers en 2002, la troisième destination après le Luxembourg et la France. Elle serait aussi devenue en 2003 la troisième puissance commerciale mondiale, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne, d’après les premières données disponibles.
De même, si le Brésil a moins attiré de capitaux durant les deux dernières années de crise, ses 237 milliards de dollars de stock d’investissements étrangers en font le troisième territoire de concentration du capital au Sud. Même s’il ne connaît pas les taux de croissance chinois et indiens, n’en fait pas moins sentir son poids international : volonté de renforcer le Mercosur pour contrer l’influence des Etats-Unis sur le continent américain ; soutien à l’Afrique du Sud et à l’Inde dans leur volonté de lever les brevets des grands laboratoires pharmaceutiques ; organisation de la fronde à l'OMC en 2003 des pays du Sud à Cancun, avec la création du G22 qui fera capoter la négociation.
Seule l’Inde reste encore absente de ces circuits financiers : elle capte environ 5 milliards de dollars d’investissements, soit dix fois moins que la Chine, et ne pèse que 1 % du commerce mondial. Mais les choses changent. Après avoir attiré des emplois de services peu qualifiés (comptabilité, traitement des transactions bancaires, etc.), ses 650 000 ingénieurs anglophones, de haut niveau de qualification et bon marché, intéressent de plus en plus les multinationales des secteurs informatique, bancaire et du conseil qui y délocalisent une partie de leur travail qualifié. Du coup, l’Inde, que l'on connaissait comme le défenseur des plus pauvres, se rêve désormais en superpuissance régionale, mais davantage comme relais incontournable des Etats-Unis, un pays qui fascine, que comme leader du Sud.  
Mais pas plus le Brésil, la Chine ou l’Inde ne se posent en champion des pays du Sud; ces pays jouent avant tout leur propre carte dans la mondialisation.

le cas de la Chine
De ces trois pays, c’est la Chine qui pèse le plus sur l’économie mondiale. Son développement est en train de rebattre les cartes au Sud de manière inattendue. Ses exportations manufacturières bon marché concurrencent directement les produits des pays du Sud dont les industries sont les plus développées, comme le Mexique. Et avec l’ouverture du marché mondial des textiles au 1er janvier 2005, l’industrie textile des pays émergents du Maghreb va fortement souffrir. Les conséquences de la levée des quotas d’importation sur certains produits ces dernières années donnent une idée de ce qui les attend : la Chine est devenue en 2003 le premier fournisseur de vêtements de la France, devant la Tunisie ; les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont été multipliées par sept depuis la libéralisation du marché des soutiens-gorge en 2001 !
A l’inverse, les pays spécialisés dans les produits de base – du cuivre chilien et péruvien, aux minerais et aux produits agricoles du Brésil et de l’Argentine – voient leur situation s’améliorer : la Chine est devenue un importateur important de graine de soja, d’huile de palme, de coton, de cuivre, de zinc, d’étain, etc., dont elle tire les prix à la hausse de manière durable. D’un côté, des pays en voie d’industrialisation qui se retrouvent en grande difficulté, de l’autre, des fournisseurs de matières premières qui profitent de la mondialisation : un renversement inattendu des cartes au Sud, dont la Chine est à l’origine.
L’économie mondiale vivra-t-elle pour autant demain à l’heure chinoise ? Pas avant longtemps. La Chine, et a fortiori l’Inde et le Brésil, sont encore loin de pouvoir fixer les règles du jeu de la mondialisation. Même si un cosmonaute chinois s’est promené l’an dernier dans l’espace, la capacité d’innovation technologique du pays reste encore limitée. Tout ce qu’il peut faire en la matière aujourd’hui est de refuser les règles des autres : ainsi, tout en fabricant les lecteurs DVD qui alimentent les marchés du Nord, la Chine a mis au point son propre standard, l’EVD, qu’elle compte imposer sur son marché intérieur. Un comportement protectionniste que son insertion croissante dans l’économie mondiale rendra de plus en plus difficile à tenir. Au-delà, même si la Chine met les bouchées doubles (elle est aujourd’hui le troisième pays au monde en matière de dépenses de recherche, selon l’OCDE), les Etats-Unis et le Japon ont encore de bonnes longueurs d’avance dans le domaine technologique.
Cela n’empêche pas la Chine de disposer d’entreprises performantes, grâce aux transferts de technologie induits par les investissements étrangers. Le pays fabrique 70 % des jouets, 55 % des appareils photos, 29 % des téléviseurs et 24 % des machines à laver vendus dans le monde. TCL (télévisions), Haier (électroménager)…, les noms des multinationales chinoises ne sont pas encore connus, mais elles progressent dans les classements, même si leur force tient d’abord à la place qu’elles occupent sur leur vaste marché intérieur. Et leur internationalisation s’effectue toujours dans le cadre des choix de localisation des multinationales américaines, européennes et japonaises (la Chine représente le premier déficit commercial de ces pays).

Des poids légers dans la finance mondiale
Dans le domaine de la finance mondiale, aujourd’hui, l’influence de la Chine est nulle. Certes, ses réserves de change dépassent les 400 milliards de dollars en ce début 2004. Placées en grande partie aux Etats-Unis, elles en ont fait leur deuxième créancier, derrière le Japon. Mais qui est le plus influent ? La cigale, qui vit année après année sur l’épargne des autres, ou la fourmi, qui accepte de la financer ? Le temps où la Chine pourra écrire les règles du jeu du système monétaire et financier international est encore loin car il lui faudrait une monnaie au rôle international important, soutenue par des banques puissantes. Une perspective encore très lointaine…
Chine, Inde et Brésil sont donc encore loin de pouvoir décider du sort de la planète. Leur progression connaîtra des accidents, car le niveau des inégalités y est élevé, la demande sociale forte et aucun n’est à l’abri de crises financières (la Chine connaît en ce moment une bulle immobilière et ses banques sont mal en point). Reste que les trois géants arrivent. Et il va falloir surveiller où ils posent leurs pieds…


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