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143 Jansénisme et la querelle de Port Royal (XVIIème siècle)
- Marqué par le péché originel, et malgré le sacrifice du Christ, mort pour sauver les hommes, un secours divin, la Grâce, est nécessaire pour échapper au péché et faire son salut. Telle est la doctrine de base partagée par les Catholiques.
Cependant l'homme est libre. Par conséquent, comment concilier ce libre arbitre avec le choix des élus par Dieu et l'efficacité souveraine de sa Grâce.
- L'orthodoxie catholique était définie par la doctrine de Saint Augustin, doctrine assouplie par le Père jésuite espagnol Molina: le Principe de la Grâce suffisante, conception libérale, puisque selon elle tous les hommes reçoivent cette grâce à la naissance, et qu'il revient à chacun, par ses mérites de la rendre agissante.
- A l'inverse, pour Jansen, évêque d'Ypres, et le courant janséniste de l'abbaye de Port Royal, l'homme n'a pas le pouvoir de se sauver lui même car il reste accablé par le péché originel. D'après eux, si la grâce est efficace, c'est-à-dire toujours suivie d'effet, Dieu l'accorde ou ne l'accorde pas, selon sa volonté, et cela dès notre naissance. Il en résultait que quels que soient nos efforts plus ou moins méritoires, nous sommes prédestinés au salut ou à la damnation.
Cette doctrine de la prédestination pousse l'idée de la grâce toute puissante jusqu'au fatalisme, ne laisse plus subsister en nous aucune liberté et détruit par conséquent la condition même de notre responsabilité morale
Exaltante pour des âmes d'élite, tel Pascal (Les Provinciales), cette doctrine, qui a marqué profondément la pensée française pendant la seconde moitié du XVIIème siècle, risquait de réduire à l'indifférence et au désespoir la masse des fidèles
- Ce conflit théologique entre Jésuites et Jansénistes se doublait d' un conflit moral; les Jansénistes préconisaient une morale austère en rapport avec notre terrible destin, tandis que les Jésuites,plus engagés dans le siècle et désireux d'étendre leur clientèle mondaine, se montraient partisans d'un Dieu plus indulgent pour le péché, développant jusqu'à l'excès la casuistique
Connaissance et solution des cas de conscience, la casuistique pèse les fautes humaines en tenant compte de tout ce qui peut les alléger, circonstances et intentions. Quelques théologiens en ont abusés grâce à des procédés subtils parmi lesquels:
- la" doctrine des équivoques" qui autorise l'emploi de termes ambigus que l'on entend dans un sens, tandis qu' on laisse l'interlocuteur les entendre dans un autre
- la"direction d'intention" qui corrige le vice de l'action par la pureté de l'intention; par exemple, le souci de sauver son honneur corrige le vice du duel
- la"restriction mentale" qui est un sous entendu qui annule le mensonge; par exemple : on jure ne pas avoir commis telle faute, en ajoutant tout bas"ce jour là".
- la"probabilité" qui est par exemple l'avis d'un seul docteur, ce qui suffit à absoudre un acte que d'autres condamnent
- Bien que souvent excessive et malgré la dénonciation sans appel des Jansénistes qui voyaient cette morale mise au gré de la société mondaine, la casuistique n'en était pas moins une méthode de fine exactitude exigeant un sens psychologique aigu.
- Puissants, influents, les Jésuites et l'orthodoxie catholique finirent par obtenir la condamnation du jansénisme par le Pape et la Sorbonne, l'emprisonnement et la persécution de ses adeptes et jusqu'à la destruction de l'abbaye de Port Royal
Lorsque Pascal* intervint dans la lutte au profit des Jansénistes en publiant Les Provinciales, il ne vainquit pas ses ennemis sur le terrain religieux, mais il atteignit leur crédit moral aux yeux du monde. L'expulsion des jésuites en 1762, un siècle plus tard, doit être considérée en partie comme une conséquence des critiques de Pascal, du Grand Arnaud, de Nicole et de Saint-Cyran
- Port-Royal a exercé une influence incontestable sur la société et la littérature du XVIIème siècle. Des Salons en étaient pénétrés, de grands esprits marquèrent leur sympathie pour la pensée janséniste et sa conception de la nature humaine a sa part dans l'inspiration d'auteurs comme La Rochefoucauld, La Bruyère et Racine
voir aussi : 305
144 Le Concept de liberté au XVIIIème siècle
Les grands écrivains du XVIIème siècle n'attaquaient pas les institutions.Au contraire, ils glorifiaient Louis XIV qui finançait leurs écrits.
Dans le domaine de la pensée, le XVIIIème siècle est le"Siècle des Lumières" : les philosophes (penseurs, écrivains, savants)affirment la toute puissance de la Raison (l'intelligence, l'Esprit critique).
Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot sont les principaux philosophes du XVIIIème siècle. Ils souhaitent des réformes pour favoriser les" Libertés".
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145 Comédie sérieuse XVIIIème siècle
- Le succès des comédies de Molière contribua à donner à ce genre théâtral ses lettres de noblesse (>->66). Mais à la mort de Molière (1673), la Comédie se transforme et devient " sérieuse" La Comédie de caractère (type l'Avare) subsiste, de même que la Comédie de moeurs (celle qui expose les types sociaux du temps ou fait la satire d'une mode comme les Précieuses ridicules).
Au XVIIIème siècle de nouveaux types sont créés
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146 le"Moi" romantique (XXème siècle)
- Révolution française, chute de l'Empire, mutations politiques, sociales économiques; les bouleversements sont nombreux et profonds entre le dernier tiers du XVIIIème (le Préromantisme) et le premier tiers du XIXème siècle (le Romantisme). Les individualités trouvent difficilement leur place dans une société en pleine mutation et dans l'anonymat des grandes villes sans recours ni même secours de la religion qui a largement perdu de sa force et de son prestige. Musset, Vigny... pleurent la gloire perdue des champs de bataille de l'Empire déchu; Lamartine espère en une autre révolution (celle de 1830)... mais la société se fige et impose fortement son ordre bourgeois et l'insolence de l'argent.
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voir aussi § 37
147 le roman d'analyse ou psychologique >-> : 18
- Centré sur l'analyse psychologique détaillée d'un ou plusieurs personnages, le modèle du genre est La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette (1678) qui raconte le renoncement héroïque d'une femme déchirée entre ses sentiments et son devoir.
Dans ce genre de roman, le personnage n'est pas un type déterminé et figé, mais un être en devenir portant l'empreinte de ses expériences: Adolphe de Benjamin Constant (1816), Le Rouge et le Noir de Stendhal (1863)...
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148 le sublime romantique (XIXème siècle)
- Pour Victor Hugo en particulier, selon la conception romantique, le Sublime (opposé au Grotesque) désigne en plus du Sublime proprement dit, l'âme, le tragique, la beauté, l'harmonie, l'idéalisme (par exemple la bonté de Jean Valjean dans les Misérables) considérant en outre que"ce qu'il y a de plus sublime dans les oeuvres de l'esprit humain est peut être ce qu'il y a de plus naïf."
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149 Humanisme (XVème-XVIème siècle)
- Le mot lui-même est récent (XIXème siècle), mais on peut définir le sens historique de la notion au moment de son apparition: l'humanisme fut d'abord une attitude de l'esprit qui mettait l'homme au centre de toutes les interrogations : "Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne me demeure étranger" disent les humanistes avec Plutarque. Né en Italie au cours du XIVème et au début du XVème siècle (XVème = Quattrocento) ce mode de questionnement influença tous les savoirs et toutes les pratiques (les sciences, la morale, la politique, l'esthétique, la religion
) et se répandit dans l'Europe entière.
- Chez les romains, humanitas désigne toute chose élevant l'homme à une place à part des autres êtres vivants. Durant le Moyen Age, on parle de humaniores litterae ou lettres humaines. Elles représentent l'ensemble des connaissances profanes enseignées dans les facultés des arts, contrairement aux diviniores litterae ou lettres divines qui commentent la Bible et qui sont le support de la religion chrétienne révélée par les facultés de théologie.
Les lettres humaines représenteront au XVIème siècle un enseignement constitué des principales disciplines issues de la tradition médiévale, complété des études sur les textes antiques. Ce complément est appelé par les écrivains de cette époque instauratio, restauratio, restitutio banarum litteratum. D'autres l'appèlent reflorescentia, renascentia. Rabelais parlera dans Pantagruel de humanitas.
- Pour les humanistes, l'homme est placé au centre de toute question. S'appuyant sur la sagesse des auteurs antiques, ils souhaitent bâtir une société différente, désirant atteindre la perfection, que ce soit au niveau de la moralité ou des arts. Ce changement s'opère à partir des écrits anciens et non avec comme support les écritures saintes, s'opposant de ce fait à la pensée scolastique du Moyen Age.
Les humanistes souhaitent éduquer l'homme pour le grandir. Grâce aux progrès de l'imprimerie, les oeuvres d'Erasme, de Rabelais ou Montaigne peuvent être diffusées à des centaines d'exemplaires.
Cette référence aux écrits antiques s'accompagne de l'idée que la culture est le moteur de l'évolution de l'homme. Déjà pour les romains l'humanitas s'oppose à la virtus qui met en avant les vertus "mâles" : courage et énergie. Ainsi les humanistes, en s'appuyant sur ces textes latins, établissent un idéal qui n'est ni la sainteté ni l'héroïsme militaire.
- C'est avec Pétrarque (1304-1374) que naît en Italie le mouvement humaniste de la Renaissance. Après avoir recueilli les inscriptions sur les vieilles pierres de Rome il poursuit dans les manuscrits sa quête des Anciens. Il retrouve ainsi des lettres de Cicéron, ressuscitant un écrivain statufié par les écoles. Son souverain. Lorenzo Valla (1407-1457), lui aussi, va traquer la vérité historique, préconisant l'étude philologique des textes et le retour à la pureté classique.
Parti d'Italie, l'Humanisme va rayonner dans toute l'Europe cultivée. Il arrive en France par les terres papales d'Avignon. En effet, Pétrarque et Boccace y vivent. Il existe bien déjà un humanisme français depuis Charlemagne et également présent à l'école de Chartres au XIIème siècle. Ce dernier est plus axé sur la morale et la vérité scientifique que ne le sera son équivalent transalpin. Les Humanistes du XVème siècle s'efforcent de retrouver l'authenticité de la pensée des Anciens, perdue sous les multiples adaptations et interprétations chrétiennes du Moyen Âge. Ils étudient les langues anciennes (grec, hébreu, latin classique, syriaque) et recherchent des manuscrits dans tout le monde méditerranéen. Une phrase tirée du Discours De Dignitae hominis (1486) de Pic de la Mirandole précise un aspect essentiel de l'idéal humaniste :"j'ai lu, /...../, qu'on ne peut rien voir d'admirable dans le monde que l'homme"
La prise de Constantinople par les Ottomans, en 1453, amplifie le mouvement : un grand nombre de réfugiés arrive en Occident apportant avec eux des manuscrits anciens.
- Les versions arabes et dominicaines d'Aristote sont abandonnées et on retraduit le philosophe grec.
- Saint Thomas d'Aquin lui-même est remis en cause : Valla lui reproche son ignorance de la langue grecque.
- On redécouvre les oeuvres complètes de Platon rapportées de Constantinople. Ses Dialogues sont traduits par Marsile Ficin, philosophe responsable du renouveau du platonisme en Italie et placé à la tête de l'Académie de Florence nouvellement créée par Laurent de Médicis.
- Thomas More traduit Lucien (Dialogues).
- Au programme des études de Pantagruel, Rabelais inscrit les langues grecque, latine, hébraïque.
- Des collèges trilingues sont ouverts à Louvain (1517), Oxford (1517 et 1525), Paris (1530); ce dernier deviendra le Collège de France.
- En France ses représentants les plus illustres sont Budé, Erasme, Lefèvre d'Etaples, Robert et Louis Etienne.
Pionniers des temps modernes, les Humanistes du XVIème siècle, rejettent le Moyen âge, époque barbare, gothique que Rabelais taxera de"ténébreuse" et qui mènera une véritable polémique contre les Sorbonnards, tenants de la Scolastique médiévale
Ce mouvement fut d'autant plus fort qu'il profita de la circulation du livre, grandement facilitée par la découverte de l'imprimerie. Par relation de cause à effet, par la redécouverte des textes grecs que le Moyen Âge ne connaissait plus que dans des traductions latines, par la découverte de l'hébreu, le tout permettant de restituer les textes sacrés originaux, les Humanistes les débarrasseront des gloses, introduites par les commentateurs successifs, qui les obscurcissaient, ce qui les fera être considérés avec suspicion par l'Église, et, ce, d'autant plus que leur démarche est proche de la Réforme, par son esprit de Libre examen.
La pratique de la traduction les amènera à légiférer sur l'orthographe, la rhétorique, les règles de la versification et du fait de l'apprentissage des langues et à l'esprit de libre examen à s'intéresser à l'éducation (Rabelais, Montaigne..) obtenant même de François Premier la création en 1530 de ce qui deviendra plus tard le Collège de France, où des professeurs, chargés d'enseigner les langues anciennes échapperont à la tutelle de la Sorbonne, grâce à la protection du roi.
- De nombreux traités pédagogiques paraissent: Erasme, suivi par Rabelais, insiste sur les vertus morales de l'instruction. Le maître doit dégager des textes étudiés l'enseignement moral qu'ils recèlent. Il est à l'opposé de l'objectif médiéval, d'un Hugues de Saint-Victor par exemple, qui prescrivait de tout apprendre, car rien, estimait-il, n'est inutile lorsque l'on cherche la sagesse. L'érudition pure, l'accumulation des connaissances, sont rejetées au profit de :" ce qui sert à le (l'élève) faire plus sage et meilleur"(Montaigne, De l'Institution des enfants).
Il convient surtout de former le jugement, car"science sans conscience n'est que ruine de l'âme", dit Rabelais. Erasme va jusqu'à donner des règles de bonne tenue, comme se servir d'un mouchoir et se moucher en se détournant.
Le corps est tout aussi concerné que l'esprit : Rabelais, Montaigne, mettent l'accent sur l'exercice physique :"ce n'est pas assez de luy roidir l'âme; il luy faut aussi roidir les muscles" (Montaigne, Essais). L'Humaniste, cependant, appréhende le bonheur de l'étude dans le repli sur soi plus que dans l'ouverture au monde. Les innovations scientifiques ne l'atteignent pas, ainsi les théories coperniciennes publiées en 1543 ne susciteront de l'intérêt qu'au siècle suivant. L'érudit de la Renaissance est penché sur ses livres, dans la solitude de son cabinet de travail. Il évolue dans un milieu d'initiés qui communiquent dans une langue (le latin ancien) compréhensible d'eux seuls.
- Mais un vent nouveau va se lever et à Erasme, qui entend"restaurer le passé" et non produire du neuf, Francis Bacon répond bientôt que"la Science doit être tirée de la lumière de la nature, elle ne doit pas être retirée de l'obscurité de l'Antiquité"; pour Bacon,"ce qui reste à faire" est plus important que"ce qui a été fait".
- Ainsi donc, si par humaniste on entend non seulement l'homme ouvert, curieux, cultivé, on entend aussi une préoccupation qui fait de l'homme un microcosme, capable de saisir la signification de tout ce qui l'entoure, capable d'envisager tout et tout d'un coup, comme dans un large panoramique. Ce rêve d'un homme ainsi formé, qui ne peut être que bon, indulgent, tolérant, ce rêve ne résistera pas aux guerres de religion et aussi bien chez Ronsard que chez Montaigne, cet écroulement du rêve humaniste sera sensible dans leurs oeuvres. Poésies et essais deviendront plus amers, plus sombres et s'éloigneront de la réalité de la guerre pour se réfugier avec Ronsard dans l'épopée de la Franciade (1572), qui chante à la façon de l'Énéïde les exploits de Francus, fondateur de la France, et pour Montaigne dans des ajouts aux réflexions stoïciennes déjà mises en place dans les Essais de 1580. Cette réalité, seul, Agrippa d'Aubigné l'abordera dans ses Tragiques
voir aussi: 156
150 les idées politiques des Encyclopédistes (XVIIIème siècle) >-> § 176
- Le mot " encyclopédie " résume à lui seul lidéal des connaissances que cherchent alors à atteindre tous les partisans du progrès. " Embrasser tout le cycle du savoir " ou " Faire le tour des connaissances " deux acceptions étymologiques du mot " encyclopédie " voilà ce que proposent les intellectuels du Siècle des Lumières au moyen des 17 volumes darticles et des onze volumes de planches gravées, six tomes de suppléments et de tables de cette oeuvre monumentale parue à Paris de 1751 à 1772.
Ils voudront dresser linventaire des connaissances scientifiques, artistiques et techniques de leur temps, mais aussi formuler courageusement la critique de leur société à travers les 60 000 articles écrits par dillustres philosophes tels que Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Helvétius, Malesherbes, Buffon .... sans oublier bien sûr Diderot, le père de lEncyclopédie et son précieux collaborateur, d'Alembert, le mathématicien.
L'Encyclopédie ne s'est pas voulu le travail d'un homme ou d'un groupe mais le travail de l'humanité, une humanité progressiste imposant une nouvelle philosophie de l'Histoire, celle de l'humanisme.
L'Encyclopédie fut l'entreprise des Lumières, une machine de guerre contre les superstitions et l'obscurantisme et, de 1751 à 1772, la grande entreprise éditoriale du XVIIIème siècle. On peut dire que l'esprit du siècle s'est rêvé et accompli à travers cette oeuvre colossale non seulement en France mais dans l'Europe entière.
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