ELLIT : Base de données en Littérature française du douzième siècle au vingtième siècle
DOSSIER

A propos de

Alphonse Daudet souffre d'avoir été lu d'une façon à la fois restrictive et abusive. Enfermé dans une image d'auteur provençal facile, le conteur des Lettres de mon moulin éclipse le romancier ; partiellement vulgarisée par des éditions pour la jeunesse ou pour l'école, son oeuvre est dénaturé et perd sa force et son originalité.
Très indépendant, Daudet n'accepta jamais la discipline de l'E
cole naturaliste : ami de Flaubert et de Zola, intime avec les Goncourt, il partageait avec des Réalistes le goût de l'observation et de la vérité en peinture : " D'après nature " était sa devise.
Sa réputation d'aimable " charmeur " ne doit pas dissimuler un profond pessimisme, même s'il se refuse à donner des tableaux trop crus pour des raisons à la fois esthétiques et morales : " Ah ! ces gens qui disent tout, les piètres écrivainsé ". Amoureux de modernité sensible à l'air du temps, Daudet fut souvent un précurseur dans le choix de ses sujets découvrant le peuple avant Zola, écrivant le premier sur les enfants du divorce dans
Rose et Ninette ; il est le témoin précieux d'une société, fondée sur le mensonge et l'illusion, dont il excelle à mettre à nu les rouages.
" Sensitif ", Daudet refuse la règle de l'impersonnalité dans l'art : sa subjectivité transparaît dans son ton personnel, ou se mêlent l'humour et la pitié, ce qui a provoqué de nombreux rapprochements entre lui et Dickens , et dans les thèmes qu'il choisit le petit peuple et le Midi, cher à son enfance, restent ses sources d'inspiration les plus fécondes. Sa prose nerveuse, concise jusqu'à l'ellipse mais d'une grande richesse de vocabulaire, donne plus une impression qu'elle n'élabore un tableau précis, et suggère une action ou un sentiment avec une remarquable intensité de vie.
La poésie des
Lettres de mon moulin, le lyrisme du Petit chose, le burlesque de Tartarin de Tarascon, la puissance du réalisme de romans comme Jack ou Sapho attestent la diversité d"un talent fait d'émotion et de fantaisie, amis aussi de dons d'observateurs remarquables.


Le Petit chose


Dès sa naissance, Daniel Eyssette marque sa famille du destin le plus terrible. L'usine paternelle est vendue après quelques années de plus en plus difficiles. Venus du Midi, les Eyssette s'installent à Lyon, espérant que les brumes du Rhône parviendront à étouffer cette misère qui les habite. Mais le sort s'acharne...
Daniel, ce petit Chose que la vie n'épargne pas, est un peu Alphonse Daudet lui-même. Mais la narration ne doit pas faire oublier au lecteur quelle est la part du récit, et celle du conte...Si Daudet a tout de l'écrivain maudit, c'est qu'il l'a bien voulu. Sous sa plume (celle de l'auteur ?) et sous celle de Daniel Eyssette (le narrateur ?), le Petit Chose prend forme. Petit, malingre, chétif, timide et pâle, il ressemble à l'écrivain enfant. Reste à savoir si le reste du portrait est autobiographique ou non... Dès le jour de sa naissance, Daniel Eyssette infléchit le destin de sa famille autrefois prospère. Le principal client d'Eyssette père, se retirant, entraîne l'usine vers la ruine. Les Eyssette se réfugient à Lyon, où un petit commerce les aide quelque temps, mais ne peuvent faire face à la misère qui les menace. La famille se sépare : le père et les enfants vont gagner leur vie chacun de leur côté pendant que la mère demeure chez son frère. Devenu pion dans un collège du Midi, le jeune Daniel est bafoué par les professeurs du collège. Il ne tarde pas à rejoindre son frère, ou plutôt sa " mère " Jacques, à Paris. Celui-ci l'encourage dans ses travaux d'écriture, sans se douter du manque de rigueur de Daniel... Écrit avec cette bonhomie qui caractérise le conteur, Le Petit Chose est ponctué d'apostrophes au lecteur et d'interruptions du narrateur par une troisième personne - peut-être l'auteur pour scander le récit, mais plus sûrement, la conscience du narrateur qui l'arrête avant que sa plume ne s'emballe. Est-ce Daudet ou Eyssette (Daniel) qui écrit ces lignes : " J'avais composé à leur intention cinq ou six contes fantaisistes :  Les Débuts d'une cigale ",  Les Infortunes de Jean Lapin , etc. Alors, comme aujourd'hui, le bonhomme La Fontaine était mon saint de prédilection dans le calendrier littéraire, et mes romans ne faisaient que commenter ses fables ; seulement j'y mêlais de ma propre histoire. Il y avait toujours un pauvre grillon obligé de gagner sa vie comme le petit Chose, des bêtes à bon Dieu qui cartonnaient en sanglotant, comme Eyssette (Jacques). Cela amusait beaucoup mes petits, et moi aussi cela m'amusait beaucoup."
 


Tartarin de tarascon


Le vantard Tartarin part pour l'Afrique où il veut chasser le lion. Il espère même y rencontrer les plaisirs de l'amour oriental ! Mais ses exploits ne seront pas à la hauteur de ses espérances... Tombant sans cesse du piédestal qu'il escalade en permanence, Tartarin devient peu à peu un personnage comique, au burlesque sympathique. " C'est purement et simplement un chef-d'oeuvre. Je lâche le mot et je le maintiens".  (Flaubert.)
Après un séjour en Algérie avec un cousin assez proche de Tartarin, Daudet écrit quelques nouvelles algériennes : La Mule du Cadi paraît dans  Le Monde illustré  à la fin de 1862, Chapatin le tueur de lions dans  Le Figaro  en 1863, La Petite Ville en 1864 et À Milianah en 1869. C'est Chapatin le tueur de lions qui deviendra Barbarin de Tarascon raconté par un témoin de sa vie dans  Le Figaro  de 1870. Déjà, Daudet y parodie l'orientalisme à bon compte, rend burlesque les rodomontades des chasseurs du dimanche, mais c'est en 1872 que l'histoire paraît chez Dentu sous le titre : Les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon. Originaire de Tarascon, près de Marseille, le fier Tartarin s'embarque pour Alger qu'il imagine couverte de sable, quelques chameaux s'y prélassant à l'ombre des palmiers, et peuplée de bêtes féroces et de pirates. Vêtu en " Teur ", il s'aperçoit que les Algérois sont habillés à l'européenne et qu'Alger ressemble à une ville de province française. Cela ne décourage pas ses ardeurs et Tartarin, armé jusqu'aux dents, part pour la chasse au fauve... Ses exploits ne sont pas à la hauteur de ses vantardises, ni de la douce almée qui occupe ses pensées. Avec humour et un sens fabuleux du récit, Daudet a immortalisé, pour notre plus grand plaisir, la figure du Marseillais.

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