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Dossier

 A propos de Charles Sorel

Les Nouvelles françaises

Histoire comique de Francion

Les Nouvelles Françaises
Surtout connu pour ses romans picaresques avant la lettre (Histoire comique de Francion), satiriques (Le Berger extravagant), pour ses ouvrages de critique littéraire (La Bibliothèque françoise, 1661, De la connoissance des bons livres, 1671), Charles. Sorel est aussi un "nouvelliste" qui le premier avec ses Nouvelles Françaises proposa des exemples de narration qui n'ont plus aucun point commun avec la nouvelle des XVème et XVIème siècles : "Nous avons les Nouvelles de la Reyne de Navarre, où il y a l'histoire d'un gentilhomme qui coucha avec sa mère, et qui espousa la fille qu'il avoit eue d'elle, laquelle fut sa soeur, sa femme et sa fille tout ensemble. Il y a là aussi beaucoup de contes exécrables de Prêtres et de Cordeliers, toutes lesquelles choses ne furent jamais, et ont été inventées par un Huguenot qui a composé le livre." (Le Berger extravagant).
A l'exemple des nouvellistes espagnols (avec notamment ce modèle représenté par les
Nouvelles exemplaires de Cervantes, traduites dès 1615), Charles Sorel fait de la nouvelle un récit étendu, un récit grave, sentimental (l'auteur a puisé dans Cervantès : Les Mal mariez s'inspire de L'Amant généreux; La Recoignaissance d'un fils, de L'Illustre Bohémienne). Même si les nouvelles se définissent par un romanesque assez débridé (enlèvements, déguisements, tempêtes, naufrages, pirates ...), tempéré néanmoins par un souci de vraisemblance au sens où l'entendait l'époque classique, les nouvelles se lisent avec plaisir. Et ce n'est pas un des moindres intérêts des sujets de toutes les nouvelles - elles ne mettent pas toujours en scène des personnages de nationalité française ! - que d'opposer les classes sociales : le fils d'un sergent de ville devient le rival - heureux- d'un baron (Le Pauvre généreux), un capitaine se dresse contre son roi (Les Mal mariez), les amours contrariées d'un laquais et d'une paysanne (La Soeur jalouse), un homme pauvre aime une coquette (Les Trois amants), un grand seigneur s'éprend d'une fille pauvre (La Recoignaissance d'un fils). 
Le recueil sera réédité en 1645 sous un nouveau titre : Les Nouvelles choisies, où se trouvent divers incidens d'amour et de fortune (Paris, David, 2 vol.), oeuvre augmentée de deux textes (Les Amours hors de saison, Les Respects nuisibles), avec changement dans les titres et les noms, avec la présence cette fois d'un cadre directement inspiré de L'Heptaméron : parcourant son royaume, une princesse s'arrête dans un château, et engage, pour se distraire, les membres de sa cour "à se resouvenir des Histoires ou Nouvelles les plus intriguées et les plus agréables dont ils eussent iamais eu cognoissance afin que l'on leur pust donner le nom de choisies." (I, "Avant-objet") 

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l'Histoire comique de Francion
Le travail de réécriture auquel se livra Sorel lui-même à l'occasion des nombreuses rééditions de l'ouvrage, montre que Sorel avait pour souci essentiel de gommer les scènes scandaleuses  et de tempérer la gauloiserie du récit. On peut naturellement penser que la répression dont le mouvement libertin a fait les frais (et dont le procès de Théophile de Viau ne fut que le symbole le plus remarquable) a conduit Sorel à s’en tenir à une attitude de prudence. C’est d’ailleurs en continuant à garder secrète son identité que dans l’édition de 1626, l’auteur insiste sur la visée didactique de son œuvre. Par cette manœuvre, Sorel espérait pouvoir échapper aux foudres de la critique toujours à l’affût des "dérapages". Ce qui est sûr pourtant c’est que les profondes transformations apportées à son œuvre n’entamèrent en rien la verve satirique de Sorel. Au contraire, l’édition de 1626 fut enrichie de plusieurs anecdotes comiques qui portèrent la satire à son niveau le plus élevé ; ce qui a conduit certains critiques à parler de désaveu ambigu du libertinage dans la réécriture du Francion.

L’Histoire comique de Francion, peut se définir comme un creuset de traditions littéraires variées. L’œuvre doit autant à la tradition comique française qu’au roman picaresque espagnol. D’ailleurs, Sorel n’est pas un auteur qui cache sa dette à l’égard de ses prédécesseurs. Son "imitation n’est point esclavage". Mais l’originalité de son œuvre réside pour une bonne part dans le fait que grâce à un traitement particulier des emprunts, le romancier parvient à fonder sa propre esthétique.
Le dessein de Sorel a été de faire œuvre divertissante, " un livre facétieux et plein de sens ". Le défi est particulièrement difficile à relever : comment allier le ton comique à la profondeur du sens ? L’entreprise est d’autant plus périlleuse que les prédécesseurs de Sorel n’avaient d’autre prétention que de divertir le lecteur.
Sorel puise donc dans le fonds  intarissable du
fabliau. Récit bref tout entier tendu vers l’effet comique qu’il veut produire, ce genre offre à l’auteur un ton caractérisé par la grossièreté et la gaillardise, ainsi qu’une galerie de personnages-types comme l’entremetteuse ou la jeune et jolie fille qui tire un malin plaisir à tromper un mari beaucoup plus âgé qu’elle...
Mais surtout le fabliau permet à l’auteur d’établir une transition entre la littérature et la société. L’œuvre littéraire devient le lieu de résonance d’une tradition populaire encore très prégnante. C’est sans doute ce qui explique l’immense succès de l’Histoire comique de Francion.
Au Decameron de Boccace et à l'Heptameron de Marguerite de Navarre, l’auteur emprunte surtout le principe de la composition par inclusion de récits dans le récit. Chez Boccace et surtout Marguerite de Navarre, les entretiens des " devisants " donnaient plus d’importance au récit premier : c’est cette voie que choisira Sorel qui, la poussant à l’extrême, fondra les " bons contes " issus de la tradition comique dans une narration cadre qui s’affiche comme première et constitue en quelque sorte la charpente du texte.
Du récit picaresque, l’Histoire comique de Francion tient la linéarité de la structure dont le fil conducteur est assuré par la permanence du héros. Celui-ci donne à lire sa vie comme une expérience de la marginalité. Ceci dit et de la plume même de Sorel, dans La Bibliothèque française, l'Histoire comique de Francion est "au-dessus des livres des espagnols" car "tous leurs livres comiques ne sont que des livres de Gueux et de Faquins, au lieu que c’"est icy le Recit de la vie d’un Gentilhomme, qui veritablement estoit dans la desbauche, mais que parmiy cela il monstroit beaucoup de marques d’esprit et de générosité, et que toutes ses avantures estoient naives et divertissantes"
C’est donc par son origine sociale que Francion, puisqu'il est gentilhomme, se distingue le mieux du picaro espagnol. Ce détail a son importance car c’est la signification du récit qui s’en trouve totalement transfigurée. En effet son itinéraire, à la différence de celui du héros gueux n’est pas soumis à la recherche d’expédients de survie, mais d’instruments de connaissance et d’action sur le monde. D’autre part, sa perspective n’est pas celle du salut, mais celle de l’émancipation.
Conséquence logique : si le picaro espagnol se laisse imprégner  d’un sentiment de culpabilité, et donc d’infériorité (sous l'emprise de surcroît d'un certain fatalisme) que lui renvoie la société, Francion, lui, se perçoit comme un être différent et supérieur. A aucun moment et en aucune circonstance, il ne se départit de cette image de lui-même.

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