ELLIT, biographies et auteurs

Antiquité-XIXème siècle

L

mise à jour du 27/09/12

Bac de Français: EAF et Terminale L

 

Labé Louise (1524-1566)

  • Fille et femme de riches cordiers, d'où en plus de sa beauté son surnom de"belle cordière" est fort explicable. Louise Labé, femme de lettres surtout poétesse, ravissante joueuse de luth qui s'initia au latin, à l'italien et à la musique, était aussi une amazone pour qui l'escrime ou l'équitation n'avaient aucun secret.
  • Dans la lignée de Marie de France, de Christine de Pisan, avec Marguerite de Navarre et Pernette du Guillet, la"Belle cordière" fait scandale de son vivant même car non seulement, elle ose endosser le rôle masculin de poète mais elle inverse vision et rôles: c'est l'homme qui est l'objet du désir amoureux, le centre du fantasme, du songe.
    Cultivée et très libre d'esprit, après un amour malheureux, elle épouse un cordier et tient"bureau de l'esprit", l'un des premiers Salons littéraires que frequentent Maurice Scève ou Jacques Pelletier
    .
    Elle publie ses oeuvres en 1555 (Débat de folie et d'Amour, des Elégies et vingt-quatre Sonnets)dont la dédicace est une sorte de manifeste où elle revendique le droit des femmes à la création littéraire.
    Incarnant une des formes de la Renaissance, comme Érasme ou Rabelais
    , elle a le sentiment que son époque mute vers un ordre nouveau où s'atténueront l'ignorance, les préjugés et les moeurs brutales. Cette espérance humaniste active porte chez elle en germe le Féminisme que défendra particulièrement Simone de Beauvoir au XXème siècle.

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Voir in : 12

 

Labiche Eugène (1815-1888)

  • Auteur dramatique spécialisé dans le Vaudeville, successeur direct de Scribe dans le genre, il écrit plus d'une centaine de pièces qui lui valurent un succès constant. Observateur attentif et sans pitié de la bourgeoisie d'alors, il sut de faire applaudir par ceux dont il fustigeait la médiocrité, l'arrivisme, la sottise. N'ignorant aucune ficelle du Vaudeville (Labiche lui-même souligne la futilité d'un genre si conventionnel, prêtant ironiquement à l'un des personnages de Un jeune homme pressé, pièce de 1848, ces propos:" Oh ! Dieu ! je les ai en horreur /les vaudevilles/ ! C'est toujours la même chose, le vaudeville est l'art de faire dire oui au papa de la demoiselle qui disait non."), il mène ses pièces à un ryhme éffréné, multiplie les quiproquos, les péripéties burlesques et utilise le hasard ou la méprise pour contrecarrer les calculs laborieusement élaborés par des pantins qu'il manoeuvre à sa guise, sans se soucier de donner à chacun une rélité psychologique; avec lui, peut être, le comique naît de l'absurde
    Parmi ses pièces :
    Un Chateau de paille d'Italie , 1851; le Voyage de M.Perrichon, 1860; La Cagnotte, 1864.

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voir in : 235

 

La Boétie Étienne de (1530 -1564)

  • Ecrivain français, conseiller au parlement de Bordeaux, ami de Montaigne (qui fut très affecté par sa mort et lui consacra de très belles pages), auteur de sonnets, il est l'un des critiques les plus importants de la tyrannie.
    En effet, les progrès de la monarchie absolue avaient accrédité la conception de la souveraineté de droit divin (alors que les humanistes était plus liés à un idéal antique de liberté politique).
    Cependant, un événement comme le massacre de la Saint-Barthélemy posait le problème de l’obéissance au souverain. Il rédigea alors un pamphlet que les protestants firent paraître en 1574 (10 ans après la mort de la Béotie) sous le titre de
    Contr’un.
    On a vu en la personne de La Béotie le véritable anti-
    Machiavel : si ce-dernier instruit le princes des rouages de la monarchie, La Béotie, lui, décrit les mêmes rouages, mais pour laisser une instruction aux peuples et les inciter à rejeter la tyrannie.
    • Dans son Discours de la servitude volontaire (paru après sa mort en 1576), il affirme que les hommes sont par nature des êtres libres et raisonnables, mais qui parfois se soumettent à la volonté arbitraire d'un seul (le tyran)
      Les mécanismes qui rendent possible cette servitude volontaire sont les suivants :
      • La veulerie et la bêtise qui nous font abandonner volontairement notre liberté
      • L'habitude et la coutume qui rendent acceptable et naturelle la servitude ;
      • L'abêtissement par des faveurs et largesses;
      • La pyramide sociale qui permet au tyran d'" asservir les sujets les uns par le moyen des autres".
    • La Boétie n'oppose jamais à la servitude la révolte populaire. Pour lui, l'usage de la raison, la modération, l'humilité, la diplomatie, la résistance passive sont les moyens qu'il envisage pour reconquérir la liberté et, du fait même, pour rendre légitime l'autorité politique.

  • Son ami Montaigne, à qui il légua sa bibliothèque et ses manuscrits publia certains de ceux-ci, mais se garda bien d'éditer le Discours sur la servitude volontaire dont il faisait pourtant grand cas. Si on ne saura jamais exactement jusqu'à quel point il partageait les idées de La Boétie, on peut sans risque qu'il a vu l'enjeu d'un tel écrit, le conduisant parmi d'autres causes à aller au-delà de la recherche d'une sagesse individuelle et à fixer à sa pensée une autre dimension, à savoir que l'homme ne peut plus être en dehors de la relation qui le relie à ses semblables, au sein de la société; d'où l'importance d'une reflexion sur le politique, cadre concret à l'intérieur duquel se situent à la fois la définition de l'homme et la quête du bonheur et de la sagesse.

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Laclos (Pierre Choderlos de) (1741 - 1803)

  • Officier et écrivain, son chef-d'oeuvre, les Liaisons dangereuses *(Roman épistolaire, 1782), marque une étape importante dans l'histoire de la sensibilité en substituant à l'amour proprement dit une violence subtile, faite de cynisme et de perversité (>->28). Ce roman pourrait se lire comme une guerre qui permettrait aux hommes, et aux femmes (d'où le féminisme que l'on veut parfois lire dans ce roman) de s'illustrer dans des combats non plus militaires mais amoureux, " L'amour de la guerre et la guerre de l'amour " écrit Baudelaire dans ses notes sur Les Liaisons dangereuses.
    Si Laclos a puisé à la source de
    Crébillon, avec délice, comme il l'indique en faisant lire un chapitre du Sopha à Mme de Merteuil (lettre 10, de la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont), on peut voir aussi dans cette oeuvre longtemps jugée licencieuse une certaine influence de Rousseau, ne serait-ce que par l'épigraphe des Liaisons , " J'ai vu les moeurs de mon temps, et j'ai publié ces lettres. " empruntée à la préface de La Nouvelle Héloïse, ce qui rappelle que Laclos est aussi l'auteur d'un discours et de deux traités sur les femmes et leur éducation qu'il publia en 1783 ( De l'éducation des femmes)

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Voir aussi in : 52

(1782)

 

La Bruyère Jean de (1645 - 1696)

  • En 1684, Bossuet le fit entrer chez les Condé comme précepteur du duc de Bourbon. En 1686, première édition des Caractères traduits du Grec Théophraste , auxquels La Bruyère ajoute modestement quelques textes originaux. Au fil des huit éditions du vivant de La Bruyère, disparition progressive du texte antique, enrichissement et réécriture soigneuse du texte : le livre double de volume entre la premère et la huitème édition (de 420 à 1130 articles). On a souvent une vision déformée de cette oeuvre : les portraits si célèbres sont minoritaires, on y trouve des maximes (lois générales, intemporelles, d'un style bref et brillant; genre apprécié et pratiqué dans les salons littéraires). Enfin des réflexions, textes assez longs, argumentatifs, débouchant sur une"leçon". En fait, les portraits ne sont que des illustrations des réflexions et maximes. Les portraits sont des textes courts, d'une richesse inépuisable (tout y est ciselé comme un bijou, jusqu'aux rythme et sonorité); souvent correspondance sémantique et/ou syntaxique de la première et dernière phrase (brièveté mais"fermeture sur soi" du texte). Structure habituelle : juxtaposition des phrases, sans mots d'articulation : au lecteur de retrouver les sous-entendus, (ce qu'on lit entre les phrases est bien plus percutant que l'invective ou l'argumentation). Les portraits fourmillent de surprises, de ruptures, de chutes, de mots d'esprit, de fausse naïveté, d'allusions malicieuses qui ont fait évoluer la langue française vers plus de subtilité et de souplesse.
  • La Bruyère n'est pas un homme de lettres-grand seigneur comme La Rochefoucauld, mais un humble précepteur et bibliothécaire. Il souffrit tout sa vie de ne pouvoir se faire accepter tout à fait dans la société des"grands" et souvent dans les Caractères un peu de rancoeur apparaît. Son souci de plaire (il s'essayait malheureusement au chant, à la danse, aux bons mots de boute-en-train), associé à son physique ingrat ne lui attiraient que la condescendance de ses protecteurs (la famille princière de Condé). Il parvint péniblement à se faire élire à l'Académie Française en 1693. Cependant La Bruyère n'est pas un révolté, il est plutôt conservateur et prend parti pour les Anciens contre les Modernes (114). Ses Caractères pourraient selon lui conduire l'individu à se corriger, mais sa critique sociale n'est pas une remise en question de la société. Il n'avait pas prévu l'immense succès de son livre, et en avait offert (avant publication) les droits d'auteur à la fille de son ami l'imprimeur.
    Autres oeuvres:
    Discours à l'Académie française (1693), Préface à ce discours (1694), Dialogues sur le quiétisme° (posthume, 1699).
  • La Bruyère se présente comme témoin de son temps. On connaît la phrase célèbre de la préface : " Je rends au public ce qu’il m’a prêté ". La superposition des portraits grecs du IV siècle avant JC et la cour de Louis XIV au XVIIème siècle traduise la conviction qu’il y a des constantes dans l’histoire, les caractères des hommes. C’est ainsi que La Bruyère déjoue l’accusation de médisance personnelle, de portraits à clefs, non sans ironie : " il faut que mes peintures expriment bien l’homme en général, puisqu’elles ressemblent à tant de particuliers, et que chacun y croit voir ceux de sa ville et de sa province " (préface). La Bruyère veut rendre compte de l’homme éternel et universel; mais en rendre compte aussi dans une actualisation, à travers les hommes de son temps. Rendre compte des manies du pouvoir, pour l’acquérir, pour ne pas les perdre, pour le manifester (" De la cour " et " Des grands "), à la fois selon des principes constants dans l’histoire des hommes (les noms grecs protègent l’anonymat des portraits mais montrent aussi cette permanence) mais confirmés en situation.

voir aussi :97 220

Les Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères ou les Moeurs de ce siècle (1688), puis simplement Les Caractères
Résumé : Les Caractères de Théophraste, traduits du grec,avec les Caractères ou les Moeurs de ce siècle (1688) connurent un immense succès à la publication, surtout parce que le public cherche qui a servi de modèles aux portraits souvent cruels. Des"clés" manuscrites circulèrent, dévoilant l'identité des"modèles"; presque toujours inexactes, car La Bruyère avait synthétisé des défauts observés. Cependant, s'apercevant que les portraits (montés comme d'autant de Comédies de caractères / 294/ plaisaient, c'est la partie qu'il a le plus augmentée au fil des éditions. Dès la préface, l'auteur tend"un miroir"; le portrait du lecteur"d'après nature", dans une perspective morale: ces caractères doivent conduire à se corriger. La Bruyère retravaille des stéréotypes en se plaçant dans une tradition (le portrait et la maxime étaient des genres littéraires ludiques appréciés dans les salons au XVIIème siècle en France et en Angleterre..
L'œuvre se découpe en seize chapitres, «!Des ouvrages de l'esprit!», «!Du mérite personnel!», «!Des femmes!», «!Du cœur!», «!De la société et de la conversation!», «!Des biens de fortune!», «!De la ville!», «!De la cour!», «!Des grands!», «!Du souverain et de la république!», «!De l'homme!», «!Des jugements!», «!De la mode!», «!De quelques usages!», «!De la chaire!», «!Des esprits forts!». Les principaux thèmes abordés, on le voit, sont la critique littéraire, la peinture de mœurs (La Bruyère dénonce la superficialité des mœurs de la cour), la critique sociale et politique (il s'en prend à l'organisation du pays et fustige une société de privilèges), mais le thème prédominant reste la dénonciation du faux-semblant, sous tous ses aspects : pour ce moraliste, il n'était pire chose que la manie du masque et l'incapacité d'être vrai.
Les portraits de La Bruyère sont le travail d'un fin observateur, qui analyse les hommes avec justesse et les dépeint avec une ironie mordante tout en dénonçant les travers du temps. Plus vivants que ses maximes, ils présentent non des individus mais des types humains, où le public de l'époque tenta de reconnaître un certains nombre de contemporains. Prudent, La Bruyère se défendait, peut-être à juste titre, d'avoir voulu peindre des personnes particulières. Il n'en reste pas moins que ces types sont si vivants et si criants de vérité que le soupçon des contemporains s'explique, et que la tentation est forte de chercher les modèles réels de cette amusante galerie de portraits. Il est possible aussi que le dessin d'un type plutôt que d'une personne donnée, en favorisant la généralisation, ait paru à l'auteur plus édifiant moralement.
Le style des Caractères est précis, finement ciselé, et la présentation des portraits varie constamment (anecdotes, dialogues, etc.)!; le trait dominant autour duquel s'organise le caractère est toujours indiqué soit en début, soit en fin.

Fichiers audio:

 

Lacan Jacques (1901 -1981)

  • Médecin et psychanalyste, il propose à travers sa lecture de Freud de nouveaux fondements aux concepts et aux principes de la Psychanalyse Écrits (1966); publication, à partir de 1975, de son Séminaire.

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Voir in : 295 363

 

La Fayette (Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de) (1634 -1693)

  • Elle était considérée comme la quintessense des précieuses bien que née d'une famille noble et appauvrie. Les études latines, italiennes et de l'hébreu faisaient partie de son quotidien. Boileau la considérait la femme de France qui avait le plus d'esprit et qui écrivait le mieux.
    Séparée de son mari, elle s'installa à Paris, où elle a tenu un salon fréquenté par Ménage, Segrais, le prince de Condé, un confident; Madame Scarron, future marquise de Maintenon, le Cardinal de Retz,
    Madame de Sablé, la Marquise de Sévigné ainsi que La Rochefoucauld, son tendre ami et figure dominante de ce salon.
    Dame d'honneur d'Anne d'Autriche, puis confidente d'Henriette d'Angleterre (elle rédigea son histoire) elle fréquente la cour, cadre et modèle de ses romans dont la Princesse de Clèves
    (<E>) (parution anonyme en1678) fut son chef-d'oeuvre, ouvrant la voie au roman d'analyse ou roman psychologique moderne.
    Cet ouvrage passe pour le chef-d'oeuvre du roman classique et pour le modèle du roman d'analyse psychologique. Écrit à la troisième personne, il s'attache à décrire les progrès d'une passion impossible entre l'héroïne éponyme du roman, mariée au prince de Clèves, et le duc de Nemours. Toute une tradition romanesque au XVIIème siècle est fondée sur l'analyse du sentiment amoureux, en particulier les romans précieux, romans fleuves alourdis d'interminables digressions qui tentent de décortiquer les mécanismes du coeur. Héritier de cette tradition, la Princesse de Clèves doit son exceptionnelle réussite à ce qu'il associe de façon équilibrée l'action et l'analyse psychologique, dans le cadre d'un récit bref, ayant pour toile de fond historique la vie à la cour d'Henri II. De fait, le personnage principal se sert de sa faculté d'introspection comme d'une arme pour lutter contre l'appel de la passion. Évoquant un amour refusé, plutot qu'un amour impossible, cette oeuvre s'inscrit dans la lignée d'un pessimisme moral, sensible chez Racine et La Rochefoucauld
  • Elle a laissé d'autres romans, très brefs ( La Princesse de Montpensier, la Comtesse de Tende />->219), et des Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689 (parus en 1731).
    Son oeuvre romanesque révèle une vision pessimiste de la vie de cour et de passion amoureuse, où la vertu et l'honneur ne sont plus les garants du bonheur..

lecture audio de la Princesse de Clèves:

Résumé de La Princesse de Clèves

Voir aussi : 177 236

 

La Fontaine Jean de (Château-Thierry, 1621 - Paris, 1695)

  • Fils d'un"Maître des eaux et forêts et Capitaine de chasse",il entre à 20 ans et pour 18 mois dans un monastère;(peut-être avait-il une vocation religieuse) mais il ne put jamais accepter d'entraves à sa liberté. Le regret d'avoir renoncé à une vie pieuse et retirée transparaît dans ses vers tardifs. Avocat au Parlement, il ne plaide guère et se lie avec une joyeuse bande de poètes, les"Chevaliers de la Table Ronde" où Boileau et d'autres du Parnasse classique se trouvaient aussi. Il se marie en1647 pour complaire à son père et reprend en1652 la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts, se montrant fonctionnaire négligent, époux et père indifférent.
    Protégé par Fouquet (1658-1661), la duchesse douairière d'Orléans (1664-1672), Mme de La Sablière (1673-1693) et Mme d'Hervart (1693-1695), il mène une vie de loisirs et publie:
    Élégie aux nymphes de Vaux (1661), Ode au roi pour M. Fouquet (1663), poèmes de circonstance; Contes et Nouvelles en vers (1665 à 1674), récits licencieux en vers irréguliers; les Amours de Psyché et de Cupidon (1669), roman- nouvelle en prose et en vers, ce qui en passant ramène aussi La Fontaine au courant de la Nouvelle même si son inspiration dans le genre en revient à une manière gaillarde à la mode de la"Nouvelle-Fabliau".
  • Ses Fables (12 livres parus de 1668 à 1694) ont immortalisé son nom. Il s'inspira surtout des Anciens (Esope et Phèdre, notamment.), mais il a totalement renouvelé le genre: la fable n'est plus la sèche démonstration d'une morale; c'est un court récit à l'intrigue rapide et vive. La souplesse et le naturel du style sont en réalité le fruit d'un grand travail où le poète a manifesté sa parfaite maîtrise de la langue et du vers. Il composera au total 238 fables (plus, semble-t-il, pour faire plaisir à ses admirateurs que par goût), et abandonne presque complètement ce genre après 1683.
  • La Fable était au XVIIème siècle un exercice de collège, en prose, porté à la perfection, chez La Fontaine. Les"moralités" sont souvent contradictoires, prêchant ici l'égoïsme, ailleurs la générosité..; les fables sont une oeuvre littéraire et non morale ni même pédagogique, quoi que prétendent les préfaces de certains Livres. La Fontaine ne remet pas en cause la société pyramidale du XVIIème siècle, le pouvoir absolu, mais parfois peut-être son"Jupiter" ou son"Lion, Roi des animaux" égratignent-ils le Roi-Soleil Ce qui apparaît plus clairement, c'est l'agacement de la Fontaine devant l'exploitation du pauvre, le paysan dépouillé et opprimé par les puissants.Le Roi-Soleil n'aimait pas La Fontaine; c'est sur intervention de la favorite, Mme de Montespan, qu'il a daigné accepter l'élection du fabuliste à l'Académie Française en1683.
  • Certains textes ne sont pas à proprement parler des fables, mais plutôt des contes, des méditations.... La convention de base de toute fable est la métaphore; il s'agit d'exprimer des concepts abstraits par un récit en apparence concret, même s'il est presque toujours"merveilleux" (animaux socialisés), et/ou"allégorique" (la Mort...). La moralité, presque toujours en fin de récit,"décroche" de la métaphore et synthétise les idées abstraites que l'auteur a voulu exprimer. La Fontaine s'inspire presque toujours de ses prédecesseurs quant au sujet, mais son génie tient dans le style extrêmement concis (la présentation de l'état initial est rarement distincte du début de l'action, personnages et situations vivants en très peu de mots), personnages qui ne sont pas que des humains déguisés en animaux, mais des croquis"pris sur le vif", et"moralité" réduite le plus souvent à moins de 5 vers (les fabulistes antérieurs en mettaient des pages...)
  • Les fables sont en vers libres (nombre de syllabes inégal, 8 et 12 de préférence; organisation des rimes variable), libres mais jamais anarchiques: la disposition typographique a son importance (resserrements = angoisse, action, vitesse; élargissements = exposé de situation, bilan, lenteur, etc...; alternance 8/12 = essoufflement, panique...). La longueur des phrases est également pertinente; La Fontaine n'hésite pas à utiliser l'enjambement, ex:
    "En quoi peut un pauvre reclus
    Vous assister ? [...]"
    (mise en relief de"reclus").
    Les allitérations n'ont pas seulement une fonction esthétique ; elles accompagnent et rythment l'action, comme les interjections ("Pff! Han!") en B.D. ex:
    "Sous le faix du fagot aussi bien [que des ans
    Gémissant et courbé, marchait à [pas pesants,"
    (jeu d'allitérations /S-Z/ + /F/ + /AN/ + /P/ ="effort physique")

voir aussi : 97 220 292

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Laforgue Jules (Montevideo, 1860 - Paris, 1887)

  • poète Symboliste ; un des créateurs du Vers libre: les Complaintes * (1885), Derniers Vers (1890). Prose: Moralités légendaires (1887).

    L'art de Laforgue occupe une place unique dans la poésie française. En effet, on retrouve chez lui une fusion rare entre l'expression de la mélancolie la plus vive et un ton ironique, parfois trivial (comme dans
    La Chanson du petit hypertrophique) qui, sous d'autres plumes, aurait versé dans le prosaïsme. Parfois aussi, lorsque Laforgue évoque des sujets aussi graves que la question du libre arbitre, c'est en mettant en scène le Christ et un Pierrot désinvolte et raisonneur. Ailleurs, la Mort - cette mort qui prendra Laforgue bien trop tôt et qui avait déjà emporté sa mère alors qu'il n'était qu'un adolescent - sera chantée en argot par un fossoyeur. Rien, donc, ne pèse ou ne pose chez Laforgue, même lorsque les idées abordées pourraient être lourdes, ce qui n'empêche jamais ses vers d'émouvoir.
    Dans L
    es Complaintes ( 364 )ou dans les Premiers poèmes que Laforgue voulait " philosophiques ", la condition humaine est montrée dans ce qu'elle de plus crû, de plus absurde : avec résignation, le poète parle de notre vanité à laisser notre marque dans l'univers; dans Suis-je ?, Laforgue évoque le caractère éphémère de l'existence humaine en se demandant ce qu'étaient jadis les atomes composant maintenant nos corps, et ce qu'ils seront à l'avenir, lorsque nos êtres seront décomposés. Il n'y a plus d'ironie ici, plus de trivialités, mais seulement une angoisse mise à nue.
    Laforgue est aussi l'un des inventeurs du vers libre. Après Rimbaud et en même temps que Gustave Kahn, Laforgue a senti la nécessité de libérer ses mots de toute contrainte; et cette nouveauté sera reprise, au XXème siècle, par Apollinaire, par Cendrars, en attendant les Surréalistes et presque tous les poètes contemporains. Mais davantage que par une telle nouveauté en versification, Laforgue reste surtout, pour chacun de ses lecteurs, l'émouvant poète de nos existences si fades.

Les Complaintes,1885 (>->364): sur un ton à la fois railleur et pathétique, les Complaintes adoptent le style familier de la chanson tout en exprimant l'angoisse existentielle de jules Laforgue devant la dégradation du corps et la mort par la versification hardie, les ruptures de ton et les chocs lexicaux qui caractérisent sa poésie, Laforgue est proche de la génération décadente, bien qu'il n'ait appartenu à aucun mouvement.

Poèmes

Lecture audio de poésies:

ÉTUDES

 

Lamarck Jean-Baptiste Pierre de Monet, chevalier de (1744 -1829)

  • Naturaliste français; professeur de zoologie des invertébrés au Muséum en 1793: la Flore française (1778), Philosophie zoologique (1809), Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815-1822). - Théorie constituée par l'ensemble des idées de Lamarck sur l'évolution des êtres vivants, le lamarckisme est à la base du transformisme, mais il s'oppose au Darwinisme, car il considère que les divers caractères qu'une espèce acquiert au cours d'une génération, par suite des influences du milieu de vie, sont transmis à la génération suivante.

180

 

Lamartine (Alphonse de) (1790 - 1869)

  • Issu d'une famille noble opposée à"l'usurpateur" Napoléon, son enfance s'écoula à Milly (Saône-et- Loire).Après des études classiques, il mène une vie oisive partagée entre son village, Milly, et Paris:il y écrit ses premiers essais littéraires,nourri de Fénelon et Racine, mais admirateur également de Chateaubriand, Byron et Pétrarque. Un séjour en Italie (1811-1812) contribue à son éducation esthétique et sentimentale.
    De retour en France, Lamartine s'ennuie au service du roi Louis XVIII; il démissionne et voyage beaucoup.Son inactivité et son désarroi le persuadent qu'il est malade.
  • En cure à Aix, en Savoie, il rencontre en 1816 Mme Julie Charles,épouse d'un physicien connu. Leur amour réciproque mais bref lui inspire ses poèmes les plus célèbres, dont le fameux Le Lac.. Après le succès inattendu des Méditations poétiques, en 1820 (qui lancera le Mouvement romantique, il épouse une jeune Anglaise, Maria Anna Elisa Birch, qui sera pour lui une épouse dévouée et admirative.et entreprend une carrière diplomatique entre à l'Académie française. Après le moindre retentissement des Nouvelles Méditations * et du Dernier chant du pèlerinage d'Harold (référence à Byron), Lamartine se surpasse dans publie les Harmonies poétiques et religieuses * (1830).
  • La réalisation par Lamartine de son vieux rêve d'un voyage en Orient lui vaut la douleur de perdre sa fille en 1832 à Beyrouth. De ses pérégrinations, il tirera Le voyage en Orient, de son désespoir le poème"Géthsémani" (La chute d'un ange).
  • Elu député (tendance libérale) en 1833, il se rallia peu à peu à la monarchie de Juillet (>->197). Ses poèmes Jocelyn et la Chute d'un ange furent édités en 1836 et 1838 (>->61). L'Histoire des Girondins (1847) lui valut une grande popularité. Ministre des Affaires étrangères en 1848 et, durant les premiers mois de la révolution, véritable chef du gouvernement provisoire, il cautionna, lors des journées de juin, les mesures répressives, et son échec écrasant aux élections présidentielles du 10 décembre 1848 mit fin à sa carrière politique.
  • Ruiné, endetté, il rédigea des récits autobiographiques (les Confidences, 1849; les Nouvelles Confidences, 1851) et un Cours familier de littérature (1856-1869). Il mourut dans l'indifférence.
    Il sera le premier poète romantique"en vers".et exercera une influence considérable sur toute la
    génération romantique (de 1820 à 1850)

146 318

  • Méditations poétiques (1820)
    C'est un mince recueil de 24 poèmes dont le succès s'explique par leur adéquation à leur époque, à l'émergence d'une sensibilité nouvelle, liée aux bouleversements de l'histoire, aux incertitudes de l'avenir et à une nouvelle vision de l'individu, perçu comme être sensible, complexe et comme centre de la représentation. Les Méditations se présentent comme une sorte de rêverie mélancolique sur le thème de la foi et celui de l'amour.
    Reprenant la forme de l'élégie, Lamartine a cherché dans les Méditations poétiques une langue musicale qui suggère les nuances de la sensibilité. Malgré une rhétorique encore classique, ce recueil renouvelle le lyrisme par son temps de confidence et par l'harmonieuse musicalité de sa métrique. Le poète, qui parle à la première personne, évoque le souvenir de son amante perdue, qu'il appelle Elvire, et dans laquelle on s'accorde le plus souvent à reconnaître Julie Charles.
    Le recueil brille surtout par son style: rythme varié (usage dynamique de la ponctuation), vocabulaire apparenant toujours au XVIIIème siècle, mais allégé des sempiternelles allusions à la mythologie antique; les apostrophes et monologues de tragédien, les paysages grandioses et improbables font penser à du"
    Chateaubriand en vers"
    Bien que Lamartine ait été réellement bouleversé par des décès de femmes aimées et en particulier celui de Julie Charles avec laquelle il eut une liaison au bord du lac du Bourget, le lecteur peut douter de la sincérité des peines colossales exprimées. Il n'empêche que l'appel à la nature avec une mise en scène lyrique du thème classique de la fuite du temps traduit l'angoisse d'une conscience abandonnée à elle même.

  • Nouvelles Méditations (1823):
    Hérités de la poésie didactique médiévale, les bestiaires proposent des figures allégoriques d'animaux, dont la doctrine chrétienne interprête les qualités et les comportements à des fins d'édification religieuse et morale, comme par exemple le poème Le Papillon qui dans la tradition chrétienne représente l'âme, sauf que en l'occurence dans ce poème et par un renversement remarquable, Lamartine en fait l'incarnation du désir éphémère.

  • Harmonies poétiques et religieuses (1830) :
    Conçues pour la plupart en Italie de 1826 à 1828 quand Lamartine était attaché d'ambassade à Florence, ce recueil de 48 poèmes est le chef d'oeuvre lyrique de Lamartine. La ferveur spirituelle de Lamartine s'est fortifiée. On retrouve dans ce recueil le lyrisme des
    Méditations, enrichi de la veine mystique: le sentiment de la nature y est lié à l'émotion religieuse. Les Harmonies se font hymne à dieu, dont le souffle divin, qui s'exprime à travers toute la création, est aussi la source de l'inspiration poétique.
    Malgré l'accent souvent douloureux et amer, l'ensemble exprime la sécurité d'une âme qui croit à la providence et se confie à elle. Ces hymnes à la bonté et à la puissance du créateur sont inspirés à l'auteur par sa joie de vivre heureux en Toscane. Pourtant à la brillante Italie, il préfère son humble village et souhaite finir ses jours à Milly.

  • Jocelyn (1836)
    Ensemble gigantesque de 8.000 vers répartis en neuf époques. S'il présente bien des faiblesses, il contient de magnifiques évocations de la nature et des pages d'une profonde vérité humaine : l'âme passionnée du poète en a fait pour des générations, le plus émouvant des romans d'amours. C'est une oeuvre symbolique chargée d'un message politique et religieux.

Poèmes

Lecture audio:

ÉTUDES

 

Lambert (Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de)(1647 -1733).

  • Initiatrice des Salons philosophiques du XVIIIème siècle, elle reçut Fénelon, Fontenelle, Montesquieu, etc.
    Dans le courant d"aspiration à la liberté qui caractérise le XVIIIème siècle (144), elle va montrer que la société ne destine les femmes qu'à l'amour, alors qu'elles sont capables, elles aussi de"grandes choses" (
    Reflexions morales sur les femmes, 1727)

 

La Mettrie (1709-1751)

  • Médecin et philosophe. Avec son Histoire naturelle de l'âme (1745), il pose déjà les grands traits de sa doctrine matérialiste (>->252) surtout développée dans l'Homme machine (1748).
    La Mettrie reprochait à Leibniz d'avoir"spiritualisé la matière". il s'opposait également à à la distinction cartésiennes des deux substances âmes-corps, esprit et étendue (>->§). Pour lui, tous les philosophes se sont trompés en raisonnant sur l'homme à priori, alors que la méthode empirique seule- celle d'Helvetius
    - est légitime, car tout ce qui est dans notre esprit vient de la sensation. Au contraire de Leibniz, il faut matérialiser l'esprit et pour illustrer sa thèse, La Mettrie emprunte à Descartes l'idée de l'animal-machine et l'applique à l'homme. Celui-ci n'est qu'un animal supérieur, et ce que nous appelons âme n'est pas un principe séparé mais le rouage d'une machine unique"Songer au corps avant que de songer à l'âme, c'est imiter la nature qui a fait l'un avant l'autre" écrit-il.
    Réduisant tout à la sensation, La Mettrie croit en effet à l'existence d'une force vitale, unique, dirigée vers le plaisir ( l'Art de jouir ). Ses thèses l'obligèrent à s'exiler.

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La Rochefoucauld (François, duc de) (1613 -1680)

  • Appartenant à l'une des plus nobles familles de France, il était destiné à une brillante carrière militaire et politique. Sa bravoure fut manifeste, notamment lors de la campagne
    Comploteur contre Richelieu (ce qui lui valut d'être embastillé en 1637 puis exilé sur ses terres de Poitou),il prit parti contre Mazarin et soutint activement la Fronde des princes (1648)
    Blessé au visage (1652), il se rallia bientôt au roi (1653) , se retira sur ses terres, et commença une carrière de mondain à Paris à partir de 1656 entreprenant la rédaction de ses
    Mémoires (1662), et fréquentant la société des femmes d'esprit: Mme de Sablé, Mme de Sévigné, Mme de La Fayette avec laquelle il eut une liaison
    En 1664, il publia anonymement, à La Haye, ses Réflexions ou Sentences et Maximes morales.. À l'origine, il s'agissait d'un jeu mondain de la conversation, en grande vogue dans la haute société, où les intellectuels formulaient de brèves expressions pour dire une vérité, souvent pessimiste et désillusionnée. La Rochefoucauld y dénonce, impitoyablement, les déguisements vertueux de l'égoïsme inconscient, que l'on appelle à cette époque "amour-propre " (" Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés ). Cette mise en cause de la vertu, qui n'est que l'imposture de l'orgueil, appartient à une très ancienne tradition chrétienne. Mais la critique du moi, insistante dans les Maximes, vise aussi l'héroïsme et la gloire tels qu'ils ont été exaltés pendant le siècle de Louis XIII. Le recueil présente par ailleurs une réflexion sur l'influence que le corps exerce sur les mouvements de l'âme. L'homme que décrit La Rochefoucauld est dépourvu de liberté, inconstant et ennemi de lui-même. Cependant, bien que cette vision traduise un réel désenchantement, le constat du moraliste n'est pas stérile. Les Maximes enseignent aussi que la vie vaut d'être vécue si on respecte les règles de la sociabilité et de " l'honnêteté ". Le style est travaillé dans les Maximes avec une grande précision, en accord avec la lucidité, l'austérité et l'acuité de la pensée.
  • Les Maximes (282) ont assuré à La Rochefoucauld une célébrité de moraliste sévère dont le pessimisme s'apparente à celui de Pascal et des Jansénistes de Port-Royal. Son style, net et concis, fait de lui l'un des grands écrivains classiques français.

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voir aussi : 79 97 220

 

Lautréamont ( 4 avril 1846, à Montevideo, en Uruguay - 24 novembre 1870, à Paris)

De son vrai nom Ducasse, Isidore est fils d'un diplomate français en Uruguay. Père et fils se supportent difficilement. À quatorze ans, Isidore est envoyé en France pour y poursuivre ses études. Interne au lycée de Tarbes, il travaille beaucoup, et montre un comportement sauvage. Une fois délivré du lycée et de l'internat, il mène à Paris la vie solitaire qui lui convient. Il s'enferme dans une modeste chambre et se plonge dans la lecture et l'écriture. " Je suis chez moi à toute heure du jour. " Il lit Dante et les poètes romantiques, les romans noirs anglais pleins d'angoisse. On ne le voit pas dans les cafés, sa lumière reste allumée des nuits entières, les voisins subissent les accords de son piano sur lequel rythme de ses phrases. Il travaille avec acharnement. Isidore Ducasse achève en 1868 Les chants de Maldoror, qu'il signe du comte de ", et se met en quête d'un éditeur qui accepte de publier ce texte de passion et de protestation.
En 1869 paraissent Les Chants de Maldoror qui racontent l'extraordinaire métamorphose de Maldoror, l'ange déchu qui devient tour à tour aigle, poulpe, tarentule et requin. Le public est choqué par les invectives et les fantasme étranges de Lautréamont. Son éditeur lui demande d'atténuer ses de " violences de style ". L'écrivain accepte et annonce qu'il " ne veut plus chanter que l'espoir ". Il écrit ainsi Poésies, qu'il signe Isidore Ducasse. Mais il meurt la même année à 24 ans.

Redécouverte par les Surréalistes, séduits par la violence d'une poésie conduite aux marges de la folie et de la mort, échappant à la définition traditionnelle du genre de la poésie, cette oeuvre, mélange de récit épique et de prose poétique, jouant sur le réalisme et le fantastique, expose les aventures déroutantes de l'énigmatique Maldoror qui exhibe avec cruauté les délices et les inquiétudes de ses métamorphoses.

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Leconte de Lisle (Charles Marie Leconte, dit)
(la Réunion, 1818 - Louveciennes,
1894)

  • Poète, chef de l' école parnassienne: Poèmes antiques (1852), Poèmes barbares (1862), il sera influencé par la théorie de l'Art pour l'Art qui le fera prôner un"art pur", impersonnel et hautain.
  • Il puise ses inspirations (idées, sujets, sentiments) dans l'antiquité, en Grèce et dans l'Inde, le plus loin possible dans l'histoire des hommes primitifs. Il veut toucher le réel: il met "la science au service de la poésie" et par une étude attentive il cherche à ressusciter la physionomie des époques disparues; il s'oublie lui-même, impose silence à son coeur, afin que rien ne le trouble dans ce travail de savant; et il choisit minutieusement ses mots afin que l'expression artistique soit digne de la rigoureuse exactitude des faits.
  • A l'antiquité grecque et à l'Inde, Leconte de Lisle ne demandait pas seulement des mythes pour ses rêves et des images pour sa poésie; il y cherchait aussi des idées. Comme Victor Hugo il a de hautaines prétentions philosophiques. Voué au culte de la Beauté, il estime qu'elle n'a été aimée et réalisée que par le paganisme grec et que le christianisme en a détruit le culte. Ne trouvant partout que déception et douleur, il va chercher dans l'Inde la philosophie consolatrice: c'est le Nirvana, l'écoulement et l'anéantissement de l'être; tout est vain, tout est illusion, même la vie, il n'y a qu'une réalité, le calme du néant où la mort nous précipitera en nous guérissant de la fièvre d'avoir été. La poésie est une distraction et elle nous prépare à accepter et à souhaiter le néant.
    Il entre à l'Académie française en 1886)

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Poèmes

Lecture audio:

 

Lefèvre d'Étaples Jacques (1450 -1536)

  • Théologien et humaniste français; créateur du"cénacle de Meaux" (dispersé en 1525 pour similitude doctrinale avec le Luthérianisme). Il a traduit Platon, Aristote, l'Ancien et le Nouveau Testament.

 

Leibniz Gottfried Wilhelm (Leipzig, 1646 - Hanovre, 1716)

  • Philosophe et mathématicien allemand.- La curiosité de Leibniz est universelle. Il est non seulement philosophe et mathématicien, mais encore linguiste, juriste, historien, géographe, diplomate et théologien.
  • Chez lui, les idées du savant, du métaphysicien et du théologien sont trois aspects différents d'une même pensée.
    • Méditant sur le principe de continuité en mathématique et sur la notion d'infini, il découvrit, en même temps que Newton, le calcul différentiel et intégral (1676), ce qui lui valut une pénible et injustifiée attaque du savant anglais pour plagiat.
    • En physique, il substitua au mécanisme cartésien, qui réduisait la matière à l'étendue, une dynamique reposant sur la notion de force vive.
    • En tant que philosophe, il a développé une étonnante théorie de la substance: chaque sujet (ou monade) exprime à sa manière l'univers entier. Mais, si la monade individuelle exprime bien la totalité de l'univers, elle ne le fait que très partiellement par des représentations claires; du reste des choses, elle n'a que des perceptions confuses, et le passage du confus au clair constitue la dynamique intérieure de son développement. La Création est ainsi comparée à un mécanisme, Dieu ayant créé les monades selon un système cohérent fondé sur une"harmonie préétablie": bien qu'elles soient sans influence réelle les unes sur les autres, chaque monade existe en"concordance" exacte avec toutes les autres. Pour Leibniz théologien, l'Être parfait, en raison même de sa perfection, a choisi, parmi d'innombrables combinaisons de monades, celle qui réalisait"le meilleur des mondes possibles", celui où le mal est toujours le moindre mal; ce point de vue a été réfuté par les philosophes plus matérialistes du XVIIIème siècle siècle. Voltaire, d'autant plus anti-leibnizien qu'il est admirateur de Newton, ironisera (avec beaucoup de légèreté) dans Zadig (1747) sur les bienfaits de la Providence et développera avec son Candide (1759) toutes les raisons de ne pas être optimiste (Leibniz est le Pangloss de Candide). La Mettrie lui reprochera d'avoir"spiritualisé la matière"
  • Oeuvres principales:
    Dissertation sur l'art combinatoire (1690) - Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695), - Nouveaux Essais sur l'entendement humain (écrits en 1703 pour poursuivre des critiques faites antérieurement à Locke) - Essais de théodicée (1710) - Monadologie (1714) - Discours touchant la méthode de la certitude et l'art d'inventer.

Lecture audio de Monadologie:

Textes

Inforond

voir aussi in : 159

 

Lemaire de Belges Jean (1473-1516)

  • Poète et chroniqueur français né en 1473 dans le Hainaut, il fera ses études à Valenciennes auprès de Jean Molinet et deviendra clerc de finances du duc de Bourbon.
    Ses premières publications poétiques seront de circonstance :
    Le Temple d'Honneur et de Vertu, écrit en 1503-1504 à l'occasion de la mort du duc de Bourbon; La Plainte de Désiré, deux mois plus tard pour le comte de Ligny et la Couronne Margaritique, pour Philibert de Savoie (décédé en 1504) et sa veuve Marguerite d'Autriche qui deviendra sa protectrice. Jean Lemaire lui adressera les Epîtres de l'Amant vert. Les épîtres amoureuses héritées d'Ovide (les Héroïdes) sont à la mode au début du XVIème siècle. Jean Lemaire suppose que le perroquet de Marguerite de Navarre, dévoré par un chien, s'est en fait suicidé en raison de l'amour désespéré qu'il voue à sa maîtresse.
  • Son œuvre capitale, Illustration de Gaule et Singularité de Troie paraîtra en 1511 (premier livre) et 1512 (deuxième et troisième livres), une fresque mythique en prose qui s'appuyant sur diverses légendes fait le récit de la nation gauloise puis française. Remontant au Déluge, il cherche à démontrer que les gaulois sont la descendance directe de Noë et qu'ils sont à l'origine de la fondation de Troie. D'autre part, les Francs sont selon lui, issus de Francus, fils d'Hector, sauvé de la mort par Jupiter. Francus navigua de Troie jusqu'en Gaule pour fonder une ville nommée Paris, en mémoire de son oncle, le ravisseur d'Hélène.
    Cette légende racontée dans la
    Chronique du pseudo-Frédégaire sera reprise plus tard par Ronsard dans sa Franciade.
  • Il composera également le Traité de la Concorde des deux langages, essai de philologie en vers et en prose, qui annonce les travaux des humanistes du XVIème siècle. Il traite de la rivalité des langues française et italienne, dans un texte composé pour une part de tercets italiens et de l'autre d'alexandrins français qui entend concourir à la bonne entente des deux langues.
    Du Bellay lui rendra l'hommage de la Pléiade, Guillaume Cretin le qualifia de "monarche de la rhétorique française" et son influence fut grande sur les Rhetoriqueurs.

 

Lesage Alain René (1668 -1747)

Son père est notaire. Il perd sa mère puis son père alors qu'il n'est encore qu'un adolescent. Il est mis en pension au collège de Vannes, dirigé par les Jésuites.
En 1692, il arrive à Paris où il est reçu avocat.
Le 28 septembre 1694, il épouse une jeune parisienne d'origine probablement espagnole qu'il fréquentait depuis deux ans. Ils auront ensemble trois fils et une fille. Il semble qu'à cette date, Le Sage quitte Paris pour entrer au service d'un fermier général en Bretagne.
En 1698, il est de retour à Paris. Le Sage reçoit une pension de 600 livres. Il mène des études d'espagnol et gagne sa vie dans des travaux de librairie, notamment la traduction et l'adaptation d'oeuvres espagnoles, l'Espagne étant alors à la mode (>-> 62)
Dans les années 1700-1709, il écrit un grand nombre de pièces de théatre tirées, adaptées ou imitées de l'espagnol. Il connut un grand succès populaire avec une comédie,
Crispin rival de son maître (1707), et un roman de moeurs, le Diable boiteux (1707) très largement inspiré du poête, dramaturge et romancier espagnol de Guevara*. Sa pièce Turcaret (1709), violente satire des gens de finance, provoqua un scandale et marque l'expression d'une classe sociale en ascension, la Bourgeoisie (>->260 +312).qui sont également des satires de la société française.
Outre de très nombreuses pièces(une centaine environ) écrites pour satisfaire son besoin d'argent et aujourd'hui oubliées, il écrira d'autres romans se déroulant dans un cadre espagnol (
Don Guzman d'Alfarache) ou oriental (Les Mille et un jours)
Pour satisfaire un public avide d'aventures romanesques, il se lance dans la rédaction de Gil Blas de Santillane (satire féroce des moeurs du temps) qui lui demanda vingt ans de travail (>->42) entre 1715 et 1735.
En 1740, après la mort de son fils ainé, Le Sage part vivre chez son second fils où il corrige son
Gil Blas qui paraîtra en 1747, dans une édition remaniée
Le 17 novembre 1747, Alain-René Le Sage meurt.

Voir aussi in : 7 in 52 336

Fichiers audio:

 

Lessing (1729-1781)

  • Auteur dramatique, critique littéraire et artistique, théologien, Lessing est l'un des plus grands écrivains allemands. C'est l'un des premiers à tenter de vivre entièrement de sa plume: ses efforts sont comparables à ceux de Diderot, de Voltaire et de Beaumarchais pour affirmer l'existence du droit de propriété artistique.
  • Lessing se plut à opposer la liberté d'un Shakespeare à un art de courtisans asservi à des règles mesquines, celles du classicisme français. Malgré cela, il reste proche du rationalisme.
    Grand polémiste, il développe dans ses
    Lettres sur la littérature moderne des idées qui serviront de base aux thèmes essentiels du romantisme.
    Plus que la forme, c'est la vérité exprimée qui lui importe. Contrairement aux auteurs français, il fait face à un vide complet de la scène littéraire allemande ; il ne peut y avoir d'opposition à des classiques allemands qui n'existent pas, mais aux modèles français que certains cherchent à imposer.
    Il se consacra toute sa vie à la recherche de la vérité proclamant un idéal de tolérance qui associe les trois grandes religions du Livre: judaïque, chrétienne et mahométane et fustigeant tout préjugé de classe, de nationalité. Comme Diderot, il est un mélange de l'homme ancien et de l'homme nouveau. Bien malgré lui, le classique, le raisonneur Lessing prépare la révolution romantique allemande, notamment en faisant admettre la relativité du beau et du goût, en prônant l'estropoetico, enthousiasme sans lequel il n'y a point de vraie poésie, en cherchant à replacer les oeuvres d'art dans leur cadre historique et local, en refusant le tabou français des genres bâtards. Mettant en actes ses idées, il fut aussi à l'aise dans les comédies (
    Minna) que dans le Drame bourgeois (Nathan le sage *,1779), les fables, la critique (Dramaturgie de Hambourg).


    Nathan le Sage
    Entraîné dans une sérieuse polémique religieuse entre les partisans du déisme anglais et les défenseurs de la tradition théologique, entre l’expérience religieuse intérieure et le nouveau dogmatisme doctrinal où s’était enfermé l’esprit de la Réforme, Lessing donne avec Nathan le Sage, la dernière et la plus profonde de ses œuvres, une leçon de tolérance religieuse aux ergoteurs de son temps.
    À Jérusalem, pendant la troisième Croisade, un templier condamné à mort ainsi que dix-neuf chevaliers du même Ordre, trouve grâce auprès du sultan Saladin en raison d’une certaine ressemblance avec le frère de celui-ci, mystérieusement disparu. Le chevalier a saisi sa chance et demandé à Nathan le Sage, le père adoptif de Récha, la main de sa fille, à qui il a sauvé la vie, au cours d’un incendie, et dont il s’est épris. Nathan est pris d’un doute et il hésite : une enquête menée autour du chevalier lui prouvera que Récha, présumé juive, et le templier, sont en réalité frère et sœur, enfants du musulman Assad, frère cadet du sultan Saladin. Le secret une fois révélé, Récha, le templier, Nathan et Saladin oublieront le fossé que la religion avait jusque-là creusé entre eux.
    L’œuvre, par sa grandeur et sa sérénité, a moins d’importance dans l’histoire théâtrale que dans celle de la conscience moderne et de la poésie. Elle fut en Allemagne la plus pure expression de cette fusion harmonieuse du rationalisme et du sentiment qui constitua l’idéal des “Lumières”.
    Poétiquement, ce drame demeure vivant par la chaleur humaine et la fraternité qui l’animent : le problème s’en trouve comme transporté au-dessus de toute dialectique, dans une calme et limpide spiritualité que rien ne peut obscurcir. Goethe le tenait pour une des plus hautes créations de l’humanité.

  •  

    Lévi-Strauss (Claude) (Bruxelles, 1908)

    Anthropologue français; professeur au Collège de France (1959). Le premier, il introduisit l'Analyse structurale (issue de la linguistique) dans l'étude anthropologique des Mythes. Principaux ouvrages: les Structures élémentaires de la parenté (1949), Tristes Tropiques (1955), Anthropologie structurale 1 et 2 (1958; 1973), la Pensée sauvage (1962), Mythologiques (le Cru et le Cuit, 1964; Du miel aux cendres, 1967; l'Origine des manières de table, 1968; l'Homme nu, 1971; la Potière jalouse, 1985). il entre à l' Académie française en1973.

    Tristes Tropiques se présente comme un feuilleté de discours où se côtoient littérature, philosophie, ethnologie, le littéraire lui-même apparaissant comme un creu-set où viennent se conjuguer confessions et mémoires, méditations, descriptions animées par le souffle poétique, - texte pluriel qui met en scène le positionnement de sa prise de parole et dans lequel le voyageur-scripteur se regarde regarder et demeure à tout instant à l'écoute de sa propre voix afin d'en mesurer la justesse et la portée.
    Ce texte semble au centre même de la démarche de Lévi-Strauss par l'importance qu'il accorde à l'observation conçue comme l'attention la plus extrême portée à la chose observée, au rendu de la représentation, au processus de métaphorisation qui sert de tremplin aux analyses et aux méditations futures en leur proposant un argument poétique: >>>

    Voir aussi : in181 363

     

    Lewis Matthew (1715-1818)

    • Attaché d'ambassade, il écrivit en 1795 Le Moine Ambrosio , un Roman noir, un livre scandaleux qui fut d'abord interdit par la censure, mais suscita l'enthousiasme de ses contemporains, dont le célèbre Byron.
      André Breton, Antonin Artaud pour qui c'était" une oeuvre essentielle... qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres."   furent également séduit par cette oeuvre. ( "Le souffle du merveilleux l'anime tout entier "). J'entends que ce livre n'exalte du commencement à la fin, et le plus purement du monde, que ce qui de l'esprit arrive à quitter le sol et que, dépouillé d'une partie insignifiante de son affabulation romanesque, à la mode du temps, il constitue un modèle de justesse et d'innocente grandeur" A. Breton).
      Son roman tire tout autant son inspiration deHorace Walpole
      et de Ann Radcliffe que du courant gothique allemand, en particulier Goethe et son Faust.
      L'originalité de cet auteur est qu'à travers une histoire somme toute assez classique de pacte avec le Diable, il expose crûment l'intervention du Malin. Il ne recherche pas d'explications rationnelles aux mystères qu'il dévoile mais laisse l'irrationnel surgir et s'imposer. Le diable en personne est là, hideux, haineux et formidable. Comme le souligne Maurice Lévy dans son analyse du
      roman gothique :" Les puisances du Mal ne sont pas représentées ici allégoriquement ou abstraitement... Au centre du cercle magique que trace Lewis autour de ses personnages, et qui délimite leurs actes, Lucifer se dresse, ténébreux, spectaculaire, malfaisant, portant encore sur le visage, les abominables traces de l'originelle flétrissure."
      Récits et digressions s'entremêlent dans les sinuosités des passions irrépressibles et des couloirs sombres d'un monastère,
      roman gothique oblige; Ambrosio, le personnage principal se déchire en cinq cent pages entre spiritualité et concupiscence; un thème obsédant repose sempiternelement les même questions : le désir qui distille son venin à la source des passions et des drames, le sens émigmatique de la Création divine, ne dissimulent ils pas le désarroi de l'homme face à un Dieu sourd, inventeur à la fois de l'amour et de la luxure. La violence du texte met l'homme à la plus irréductible tentation: le désir charnel. Bien entendu, Ambrosio échoue, et ses désirs déferlent, le submergent en une série de catastrophes qui l'entrainent jusqu'à la damnation finale
      Lewis fait éclater le cadre traditionnel du roman gothique, élaborant une véritable esthétique de la terreur, qui vise à la description directe et sans précaution avec ce qu'il y a de plus repoussant dans le mal. Le Moine est resté aux premiers rangs de l'école satanique, grâce à la terreur grandiose de l'ensemble, à la peinture énergique des passions, et en particulier à la conception du rôle habilement gradué de Mathilde, ce démon séduisant, dont la mission est de corrompre le prieur.
      C'est une plongée dans l'abîme dont on ne retrouvera guère l'équivalent par la suite que dans l'oeuvre d'un Lovecraft.

    voir également 268

     

    Littré Émile (1801 -1881)

    • Médecin, philosophe et lexicographe français. Disciple d'Auguste Comte, il devint le chef de l'école positiviste, mais, soucieux avant tout de rectitude intellectuelle, n'adhéra jamais au mysticisme de Comte. Son oeuvre principale est le Dictionnaire de la langue française (1863-1873), monument d'érudition connu sous le nom de son auteur, le Littré. il deviendra membre de l' Académie française en 1871.

     

    Locke John (Wrington, Somerset, 1- Oates, Essex, 1704)

    • Philosophe, humaniste et médecin anglais.; fondateur de l'école sensualiste° et empiriste°. Son Essai sur l'entendement humain (1690) s'oppose à la doctrine cartésienne des idées innées°, son traité Du gouvernement civil (1690) aux théories despotiques de Hobbes. Locke influencera les intellectuels français (les"Philosophes"), tels Montesquieu, et Voltaire qui en déduiront que les peuples opprimés peuvent légitimement renverser un gouvernement tyranique (>->108). Parmi ses autres oeuvres, on peut citer: Lettres sur la tolérance (1689) et Pensées sur l'éducation (1693).
    • " Que pouvons-nous savoir, et comment ? " : telle est la question à laquelle tente de répondre l'Essai sur l'entendement humain. La réponse de Locke est célèbre et en fait le premier grand représentant de l'empirisme anglo-saxon qui s'est développé au XVIIIe siècle ( Berkeley, Hume ... ) : nous ne pouvons pas connaître les qualités secrètes des choses ; toutes les idées que l'imagination peut combiner à profusion viennent de l'expérience, c'est-à-dire de la sensation et de la réflexion sur les opérations de notre âme à partir de nos sensations.
      L'esprit est donc, à l'origine, une " table rase ". Locke refuse la théorie cartésienne des idées innées ( cf. Innéisme ), même si, de son propre aveu, il a été conduit par
      Descartes à s'intéresser à la philosophie. Bien qu'il critique la notion de substance, il emprunte cependant à celui-ci la distinction opérée entre les " qualités premières " et les " qualités secondes " du réel perçu. Les sensations sont causées par les objets matériels extérieurs, mais ne leur ressemblent pas ; sons, couleurs, etc., sont dans notre âme, non dans les choses : ce sont des " qualités secondes ". Les "qualités premières " sont au contraire des propriétés constitutives de la matière : tels sont l'étendue et le mouvement.
      Cette distinction suppose l'existence d'un monde extérieur. En cela, l'empirisme de Locke n'est pas, contrairement à celui de
      Berkeley ou de Hume, un phénoménisme. La théorie lockienne de la connaissance, que Leibniz a essayé de réfuter dans les Nouveaux Essais sur l'entendement bumain, eut une influence considérable au XVIIIe siècle, notamment en France avec Condillac.
    • " Comment les hommes peuvent-ils vivre ensemble en paix ? " : telle est la grande question qui anime les écrits politiques de Locke qui, rappelons-le, eut à subir les méfaits de la guerre civile en Angleterre.
      Premièrement, répond Locke, les hommes possèdent, en tant qu'êtres raisonnables, une conscience morale fondée en Dieu et qui leur dicte leurs obligations. Chacun est donc directement et individuellement responsable devant Dieu de ce qu'il fait et de ce qu'il croit ; le pouvoir politique ne peut en aucune façon imposer un culte déterminé. Locke prône la tolérance des différentes croyances religieuses ; mais il n'y a pas de tolérance qui vaille pour l'athéisme, car celui-ci, en dispensant de tout engagement et de toute obligation, romprait le lien social.
      Deuxièmement, il s'agit de construire une théorie de la légitimité de l'autorité politique, des fondements et des limites de l'obéissance que nous lui devons. Après avoir attaqué, dans son premier
      Traité du gouvernement civil, la position de Robert Filmer défendant la monarchie absolue par la théorie du droit divin des rois, Locke développe, dans le second Traité, sa propre conception politique.
      Les hommes vivent originellement dans un état de nature, dans lequel la liberté individuelle ( être maître absolu de soi, n'être sujet de personne ) et la propriété privée ( fondée sur le travail et le droit de jouir de ses fruits ) sont des droits naturels inaliénables. La société civile résulte d'un contrat social qui établit une loi commune, manquante à l'état de nature, mais qui n'a pas d'autre fin que d'assurer la sauvegarde des droits naturels. L'État procède donc d'une convention ( un consentement mutuel entre les hommes ), mais n'est pas un artifice puisqu'il a pour fonction, non pas, comme chez
      Hobbes, de rompre avec l'état de nature, mais de le garantir en lui donnant une sanction légale.
      Cela suppose un droit de résistance aux abus de l'autorité, lorsque celle-ci met en péril la liberté et la propriété qu'elle a normalement à charge de sauvegarder. Ce libéralisme politique ( qui s'accompagne d'un libéralisme économique, c'est-à-dire de l'idée de la liberté du marché ) a fortement influencé la Constitution américaine ( 1776 ) et, en partie, l'œuvre des membres de l'Assemblée constituante, en 1789.

    John Locke ou la science du gouvernement:

    voir aussi in : 159

     

    Lope de Vega Carpio Felix (Madrid, 1562 - id., 1635)

    • Poète et auteur dramatique espagnol. D'une fécondité prodigieuse, ayant pratiqué tous les genres, il est surtout connu pour son oeuvre dramatique, à la langue riche, claire et simple, comprenant quelque 1800 comédies et 400 drames religieux. Seules 500 pièces nous sont parvenues dont les meilleures sont ses comédies de moeurs: l'Alcade de Zalaméa (1600); l'Étoile de Séville (v. 1617); le Chien du jardinier (1618); Aimer sans savoir qui (1630); le Châtiment sans vengeance (1631); Le meilleur alcade, c'est le roi (1635). Dans le Nouvel Art de faire des comédies (1609), il a établi la doctrine du théâtre espagnol dont l'influence fut profonde, notamment en France sur Rotrou (Saint Genest) Corneille (Don Sanche d'Aragon) et Molière

    Voir : 302

     

    Loti Pierre (1850-1923)

    • Officier de marine, il se met à écrire dans la trentaine et produira une oeuvre importante où le romanesque est constamment associé à l'autobiographie et aux souvenirs de voyage, où le monde extérieur n'est souvent qu'un décor, harmonieux, enchanteur. Mais le véritable propos de l'auteur est la quête de soi et la recherche de sensations délicates. Ses romans parcourent le monde et on y retrouve les langueurs d'un pessimisme tempéré et d'inspiration orientale.
      Parmi ses nombreux romans : Aziyadé, 1879;
      Pêcheur d'Islande,1886 les Désenchantés, 1906

    voir aussi : 241

     

    de Lorris Guillaume

    • On lui doit la première partie du Roman de la rose, poème allégorique. La seconde partie sera écrite par jean de Meung vers 1275, l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature médiévale (XIIIème siècle); l'Art d'aimer (4028 vers octosyllabiques) écrite vers 1230. Guillaume de Lorris emprunte au Roman courtois la trame de la quête amoureuse dans un univers merveilleux.: Le Miroir aux amoureux

    Le Roman de la rose
    Ce poème en ancien français à couplets rimés compte, dans sa totalité, quelque 22 000 vers. L'ouvrage est cependant divisé en deux parties bien distinctes, puisqu'elles furent composées par deux auteurs et à deux époques différentes.
    Guillaume de Lorris est l'auteur de la première partie, longue de quelque 4 000 vers et composée vers 1225-1240. C'est cette partie du poème qui incarne à la perfection les préceptes de l'amour courtois. Cette œuvre, qui est — ou tout au moins qui semble — inachevée eut en son temps un immense succès!; cela explique que, bien des années plus tard, un autre auteur ait souhaité clore l'histoire qu'elle racontait. La suite du poème, longue de 18 000 vers, a été écrite par Jean de Meung (ou Meun) quarante années après la première partie, vers 1275, et dans un esprit très différent, qui reflète les changements intervenus dans la société médiévale dans ce laps de temps.
    Le texte de Guillaume de Lorris se présente comme le récit d'un songe à la première personne. Le narrateur, jeune homme inexpérimenté, y décrit une aventure dont le sens est allégorique. Dans cette allégorie où les vertus et les faiblesses, mais aussi les forces sociales s'opposant à l'amour sont décrites sous des formes humaines (Vilenie, Convoitise, Envie, Tristesse, etc.), le jardin symbolise le monde de la cour, ou tout au moins d'un milieu aristocratique très raffiné. La jeune fille aimée, au cœur du jardin, est symbolisée quant à elle par une rose. Le désir du poète est de cueillir la rose, c'est-à-dire de conquérir le cœur de son aimée, et tout le poème narre les difficultés et les peines de l'amant dans la réalisation de ce désir. Après une alternance d'espoirs et de désespoirs, la rose est finalement ôtée de sa vue, et cette première partie s'achève sur une longue lamentation du poète.

     

    Louÿs Pierre Louis (1870 - 1925)

    • Il décrivit en esthète les paysages et les scènes érotiques, et en peintre moraliste les ravages de la passion. Poèmes en vers et en prose: Astarté (1893); les Chansons de Bilitis (1894). Romans de moeurs et contes galants: Aphrodite (1896), la Femme et le Pantin (1898); les Aventures du roi Pausole (1901).

    voir aussi : 245

     

    Lovecraft (Etat de Rhode Island, Nelle Angleterre,USA 1890-1937)

    • Très tôt, (à six ans) il ressentit le besoin d'écrire . Il n'avait que huit ans, lorsque mourut son père qui était interné dans un hôpital psychiatrique. Alors qu'il n'avait que dix-sept ans, sa mère, qui souffrait aussi de troubles mentaux, fut également internée jusqu'à sa mort.
      Dans sa jeunesse, une maladie chronique fit de lui un lecteur vorace. Passionné de sciences, il créa diverses gazettes scientifiques notamment sur l'astronomie ainsi que des fanzines où il s'exprimait sur divers sujets, n'hésitant pas à déclencher des polémiques. Il écrivit également dans divers journaux quelques essais et textes sur des sujets aussi variés que la chimie, les mythes de l'Egypte antique ou des articles contre l'astrologie, l'alcoolisme, le bolchévisme, etc. Il fut également membre, parfois fondateur, de quelques cercles d'étudiants et d'écrivains amateurs. Solitaire, il avait un caractère froid, presque snob et tranché sur certains sujets.
      L'influence de
      Poe, prince de l'horreur, se manifesta dans ses écrits par un goût fiévreux pour l'ombre, les cauchemars terrifiants de la nuit, le macabre, la peur de forces inconnues et monstrueuses tapies dans les ténèbres, les visions d'horreur d'un monde ignoré qui menace la vie ou la raison des hommes. En octobre 1926, L'Appel de Cthulhu , qui allait être la plus grande oeuvre de la"Dark fantasy",fut d'abord refusé parce que"trop lent et obscur" ! Il finira par paraître en 1928.
      Lovecraft allait rénover le fantastique en lui donnant une dimension cosmique. En deux romans et dix-huit nouvelles, il imagina que les mythes et légendes de tous les continents et de toutes les époques n'étaient que les manifestations d'un culte secret et unique. Culte de l'immense et monstrueux Cthulhu, l'un des Grands Anciens qui régnèrent il y a des millions d'années sur la terre et rêvent de la reconquérir. Il créa ainsi tout un Panthéon mémorable et unique des êtres mythiques qui devint le célèbre mythe de Cthulhu."Le retour des Grands Anciens... Telle est la menace qui pèse sur la planète Terre et que Lovecraft distille dans son oeuvre. Menace d'autant plus redoutable qu'elle est ignorée de tous, sauf des traîtres à l'espèce humaine qui espèrent, avec la complicité des étoiles, ouvrir les portes de la Terre à des monstres effroyables.
      Mais Lovecraft ne fut pas seulement le plus grand écrivain américain avec Poe dans le domaine du conte d'horreur, il écrivit également des contes à la fois philosophiques et poétiques

    voir aussi : 268

     
     

    Lucrèce (Rome, v. 98 - ?, 55 av. J.-C.)

    • Poète et philosophe latin. Toute son oeuvre, qui se résume dans un seul mais long poème inachevé (De natura rerum), expose la doctrine scientifique et philosophique d'Épicure. Puisque l'âme périt avec le corps, l'homme peut trouver le bonheur sur terre, à condition toutefois de s'affranchir de ses passions. Lucrèce sait exprimer poétiquement les notions les plus abstraites de la physique et de la philosophie.
    • Lucrèce s'oppose - avec plus de précision que son maître Epicure - à la Providence et aux causes finales. Cette connaissance purement matérialiste de l'univers est un moyen dont l'ataraxie est la fin. De plus, avec le clinamen, Lucrèce donne une base physique à la liberté humaine.
      Ses concepts fondamentaux sont les suivants :
      • • ceux issus de la réflexion d'Épicure ;
      • • le concept de clinamen (qui semble appartenir davantage à Lucrèce qu'à son maître et qui, selon certains commentateurs, serait une adjonction des disciples d'Epicure). Définissons-le comme un mouvement spontané par lequel les atomes dévient de la ligne de chute causée par la pesanteur. Il y aurait là une liberté en quelque sorte mécanique, permettant de saisir la liberté humaine.


    De la nature (De rerum natura)
    Composé de sept mille vers et divisé en six chants, le poème philosophique de Lucrèce entend apaiser les craintes qui tourmentent l'âme humaine et permettre ainsi à cette dernière d'atteindre cette absence de trouble (ataraxie) en quoi consiste le bonheur du sage. Or "cette terreur, ces ténèbres de l'âme, il faut, pour les dissiper, non les rayons du soleil ou les traits lumineux du jour, mais l'observation et l'étude rationnelle de la nature". C'est à cette étude que s'emploie Lucrèce en nous montrant que les phénomènes n'obéissent à aucune autre loi que celle de la causalité aveugle et du hasard, que le monde est périssable et que l'âme est mortelle. La physique matérialiste est ici au service de la morale: celui qui aura compris que tout était composé d'atomes et de vide n'aura en effet plus peur de la mort ni des dieux. En choisissant la forme poétique, Lucrèce cherche à plaire et à présenter ainsi la doctrine de son maître Epicure sous un jour favorable. Mais la poésie n'est pas chez lui un simple mode d'exposition. Le plaisir éprouvé à cette description du spectacle de la nature participe aussi de ce bonheur que nous promet la philosophie. Et la poésie de Lucrèce n'a rien perdu de cette joie et de cette force.

    Livre I : Les atomes et la formation des corps. Rien ne naît de rien donc le monde a toujours existé et il est éternel car rien ne retourne au néant. Le monde se compose uniquement de vide et d’atomes (qui sont invisibles et indestructibles).

    Livre II : Les atomes tombent dans le vide d’un mouvement parallèle et uniforme ; mais il arrive qu’ils fassent des écarts (=clinamen), ces écarts font que les atomes se rencontrent et formes les corps. Ce clinamen est le gage de notre liberté, puisque les atomes ont une certaine spontanéité (ils peuvent faire des écarts) cela implique que la spontanéité est présente au sein de la matière ; donc en nous.

    Livre III : L’esprit et l’âme sont des éléments du corps comme les membres le sont, ils sont donc corporels et comme tel ils se composent de 4 éléments : des atomes de vent, d’air, de chaleur et des atomes sans nom (qui correspondent à la sensibilité ou à la pensée). L’âme n’est pas immortelle, la mort ne nous concerne pas puisque nous ne pouvons la « vivre » (notre âme étant mortelle et se dissipant dans l’air quand nous mourrons).

    Livre IV : Etudie la manière dont se forment les sensations et les passions. Les corps émettent des « simulacres », leur image en réduction, qui se propagent à grande vitesse et qui rentrent parfois en collision avec nos organes et provoquent ainsi les sensations ! La sensation est le seul critère de la vérité bien que celle-ci puisse nous tromper quelque fois. Analyse de la souffrance causée par l’amour (on souffre car l’amour nous rempli d’illusions).

    Livre V : Notre monde n’est pas éternel. Il n’a pas une nature divine et les dieux lui sont étrangers. Le monde est composé de partie qui se sont formées par hasard et non par une quelconque providence.

    C’est la terre qui a, en quelque sorte, enfanté les hommes, les animaux, les plantes…Suit une description de la vie des premiers hommes jusqu’à l’invention de la vie sociale, des arts et du luxe.

    Livre VI : Explique de façon rationnelle un certain nombre de phénomènes qui se produisent dans le monde et qui terrorisent les mortels. Ce sont les événements naturels (déjà vu plus haut) et les maladies. Le poème se termine sur la terrible peste d’Athènes (repris de Thucydide) qui marqua la fin du siècle de Périclès.

    Lucrèce est le premier des écrivains latins à mettre en forme la douloureuse réalité de la conscience humaine ; l’homme est finalement un étranger dans ce monde à la dérive, l’homme est perdu face à l’immensité d’un mouvement éternel (qui finira pourtant par une destruction totale), seul face aux craintes que déchaînent en lui les événements qu’il ne comprend pas. Mise en avant aussi de la crainte de la mort, on a longtemps considéré Lucrèce comme un « inquiet », un « anxieux » qui sera finalement acculé au suicide. Pourtant ce n’est pas la vérité, il faut voir Lucrèce comme un poète de la joie et pas de la tristesse. Simplement (si ce terme convient…) la joie s’atteint en ayant une pleine conscience des réalités qui troublent le tout un chacun.

    Malgré tous les recours à la physique, l’oeuvre de Lucrèce est avant tout morale ; libérer les hommes des craintes qui gâchent leur existence.

     

     

    Luther (Martin) (Eisleben, 1483 -1546)

     

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