RABAC.COM Relations internationales Gérard Fourestier

Éléments de mise en place du Monde Contemporain
de 1945 à nos jours

Domination soviétique en Afghanistan
déc. 1979 - fév. 89

Prise de pouvoir des Talibans et influence d'Al Quaida 1996-2001 et intervention américaine

Mise à jour du: 22/03/07

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale durant laquelle le pays est resté neutre, les Afghans se distinguent par leur non-alignement face aux Blocs. Toutefois, lorsque le Prince Daoud, forte personnalité de la famille royale, accède au poste de Premier Ministre en 1953, la donne change quelque peu. Mènant une politique laïque et nationaliste fondée sur le sol, le sang et la langue pashtoune, il entend régler le conflit territorial latent depuis 1919 avec le Pakistan pour la constitution d'un Grand Afghanistan qui intégrerait les Pashtouns du Pakistan, séparés des Pashtouns afghans par la " ligne Durand " datant de la domination anglaise et confirmée lors de la création du Pakistan en 1947. Les Américains, qui cultivent l'alliance pakistanaise pour mieux tenir l'Inde en respect, décident ouvertement de soutenir Islamabad si la querelle frontalière débouche sur un conflit armé avec Kaboul. Dès lors les camps semblent fixés, d'autant que Daoud rompt les accords de partenariat économique avec les Etats-Unis et va s'engager sur la voie des plans quinquennaux et de la coopération avec une URSS.
Pour éviter que les tensions ne débouchent sur une série de désordres civils, le roi Zaher chah décide de reprendre les rênes du pouvoir : il se défait de Daoud et fait promulguer une constitution libérale. Toutefois, si la lettre du texte fait de l'Afghanistan une démocratie à l'occidentale, le régime monarchique, qui souffre d'une instabilité gouvernementale chronique, est durablement fragilisé, d'autant que le parti communiste recrute largement au sein de l'armée.

En 1973, le prince Daoud, renverse la monarchie et instaure la République d’Afghanistan dont il devient le premier ministre et le premier président à vie. Daoud s’éloignant de plus en plus de Moscou, les officiers communistes afghans, tous Pashtouns, le renverse lors du coup d’Etat du 27 avril 1978 et crée un nouveau gouvernement mené par le Parti Démocratique du peuple afghan, alors dirigé par Mohammed Taraki. Celui-ci conclut un traité d’amitié et de coopération avec l’URSS le 5 décembre 1978 et engage une " révolution culturelle " très impopulaire aussi bien chez les notables que dans la paysannerie traditionnelle : annulation des dettes, interdiction du prêt usuraire, réforme agraire sans mesures complémentaires., et parallèlement interdiction de la dot, autorisation du divorce et campagne d’alphabétisation visant à éradiquer les modes de pensée religieux.
L'opposition grandissante de la population menace le régime d'effondrement. C'est alors que l'URSS de Brejnev vient au secours du Président Babrak Karmal en intervenant militairement en décembre 1979. De fait, cette ingérance est une application pratique de la "doctrine Brejnev", laquelle n'accorde qu'une souveraineté limitée aux pays membres de la nébuleuse communiste. Le discours défensif avancé par les officiels moscovites (défense contre l'expansion de l'islamisme de type khomeinyste et prévention en vue d'une intervention militaire américaine en Iran) ne peut en effet dissimuler le fait que depuis avril 1978, une large part de la politique afghane est téléguidée depuis l'URSS
Par cette intervention, l'URSS semble réaliser un nouvelle fois un vieux rêve russe de poussée méridionale en direction de l'Océan Indien. La présence de plus de 100 000 soldats soviétiques suscite le développement d'une résistance intérieure qui est essentiellement le fait d'intégristes musulmans. Cette opération inquiète les occidentaux qui y voient une volonté soviétique de se rapprocher des routes stratégiques du golfe Arabo-Persique, par où transite une bonne partie du pétrole mondial. Pour les USA, il s'agit d'un acte d'agression intolérable. En effet l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques et l’
effondrement du régime du chah d’Iran signent l’acte de décès de la doctrine Nixon selon laquelle les Etats-Unis préserveraient leurs intérêts en s’appuyant sur des puissances locales, afin d’éviter un nouveau Vietnam.
tout ceci les amèneront à réagir en finançant la guerilla islamique contre l'URSS. L'ONU réclame en vain l'évacuation soviétique
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Embourbés, un peu comme les américains autrefois au Vietnam dans une guerre dans laquelle malgré un déploiement impressionnant de puissance, ils subissent durement les actions nombreuses des maquis (aidés par le Pakistan qui leur sert de base arrière et les USA, fournisseurs en armes), les Soviétiques ne parviennent pas à réduire l'opposition armée des Moudjahidins et à la faveur de la détente amorcée par
Gorbatchev finiront par se retirer >->

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En mai 1988, l'URSS, les USA et l'Afghanistan conclurent à Genève un accord dans le cadre duquel les Soviétiques s'engageaient à retirer leurs troupes du pays, ce qu'ils feront effectivement l'année suivante, laissant seules les troupes gouvernementales afghanes face aux moudjahidins qui investiront la ville de Kandahar en 1994 puis Kaboul en 1996.
Désormais les talibans, appuyés par le Pakistan (qui souhaitait l'installation d'un pouvoir qu'il contrôlerait pour disposer face à l'Inde son ennemi mortel d'une profondeur stratégique) étaient maîtres du pouvoir politique et militaire et imposèrent la loi islamique avec notamment une discrimination sexiste vis à vis des femmes, déchues, dès lors, de tous droits et soumises à un système moyen-âgeux.
En 1997, le commandant Massoud, un Tadjik s'opposa aux talibans et reprit en partie kaboul. Petit à petit, cependant, il fut obligé de céder du terrain et continua le combat dans le Nord-Est du pays, le Badahkstan.
Après la Guerre du Golfe, l'installation durable de forces américaines sur les lieux saints de l'Islam, avec l'acquiescement de l'Arabie Saoudite, semble être une faute psychologique irréversible. La pétro-monarchie, qui hier se posait en tenant d'un traditionalisme musulman rigide, tolèrait la présence des "infidèles" aux portes de La Mecque. Aux yeux de certains Islamistes, Ryad est largement discréditée : à leurs yeux, elle n'est plus que le valet d'un impérialisme yankee qui devient l'ennemi par excellence pour les "combattants de la liberté" en mal d'action. Bien décidés à en découdre avec le Satan capitaliste, certains moudjahidins, alliés d'hier en Afghanistan, mais avant tout musulmans fanatisés à outrance, se recyclent dès lors dans l'action terroriste et prennent pour cible des intérêts américains. Ainsi, tandis que la CIA pensait orchestrer la diaspora des islamistes, les activistes que l'on dit en liaison avec les tentaculaires "réseaux Ben Laden" frappent à plusieurs reprises.
En Juillet 1999, alors que la situation humanitaire s'aggravait et que la famine et la sécheresse jetaient des milliers de personnes sur les routes, l'ONU prit des sanctions à l'encontre du régime des talibans, soupçonné de protéger le terroriste Oussama Ben Laden, un prince saoudien richissime, chassé d'Arabie saoudite, qui répand le waabisme, une tendance dure de l'islamisme de combat et soupçonné fortement d'avoir organisé plusieurs attentats contre des ambassades américaines en août 1998 à Nairobi et à Dar es Salam. En Juillet 2000 le mollah Mohammed Omar, chef suprême des talibans et beau père de Ben Laden, interdit la production d'opium.
En février 2001 les talibans subirent une sévère défaite, avec la perte de la ville stratégique de Bamiyan. Ayant entrepris la destruction au nom de l'Islam des monumentales statues de bouddhas vieilles de 1500 ans, le monde prit conscience de la folie religieuse des talibans qui plongeaient le pays dans un obscurantisme anachronique: la musique, la danse, le cinéma ou la liberté vestimentaire n'étaient plus que des souvenirs pour la population locale pendant que les femmes ne peuvaient sortir de chez elles qu'entièrement voilées.
Reconnu uniquement par le Pakistan, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, le régime taliban cherchera à récupérer le siège de l'Afghanistan aux Nations Unies, un siège qui appartenait aux partisans de l'ancien président, Burhanuddin Rabbani.

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Alors que le monde continue de tourner et que la situation au Proche-Orient et au Moyen -Orient n'en finit pas de se dégrader après les escalades de part et d'autre entre palestiniens et Israëliens, avec l'inhumannité du régime Talibans en Afghanistan, le 11 septembre 2001 New-york et le Pentagone sont la cible d'un acte de terrorisme extraordinaire avec l'écrasement volontaire d'avions de ligne contre les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan, un acte terroriste qui va faire des milliers de morts et provoquer les USA directement et sur leur sol. Très vite Ben Laden et les Talibans sont accusés de ce forfait terroriste. Les conséquences de cet acte parfaitement coordonné va provoquer une onde de choc extraordinaire de par le monde avec des conséquences économiques (qui accélèrent la récession), politiques et géostratégiques.
Au lendemain des attentats du World Trade Center, le monde a les yeux rivés sur les Etats-Unis attendant leur riposte prochaine. Mais malgré l’horreur de l’attaque subie, la riposte que les Etats-Unis s’apprêtent à mener contre l’Afghanistan, siège des terroristes, doit se définir dans un cadre international pour éviter tout grief d’unilatéralisme. Les autorités américaines identifient formellement le réseau Al Qaïda, dirigé par Oussama Ben Laden. Les preuves de cette identification, gardées secrètes, sont jugées suffisantes par la majorité des gouvernements. Même si le régime taliban n’a pas été reconnu officiellement par les USA, Georges W. Bush demande l’extradition d’Oussama Ben Laden, que lui refusent les autorités afghanes et le mollah Omar. La politique américaine est alors claire : la lutte contre le terrorisme mondial est lancée et la première étape en sera le démantèlement du réseau Al Qaïda. La volonté américaine n’a pas de limites et les Etats apportant un soutien direct ou indirect aux terroristes seront frappés avec la même force que le seront les terroristes. C’est bien sûr l’état afghan qui est visé, mais les Etats-Unis oublient que les activités terroristes ont d’abord été facilitées par les paradis fiscaux (Suisse, Lichtenstein...), par la passivité de Londres (rebaptisée Londistan tant cette ville semble abriter impunément de nombreux terroristes fuyant leur pays), par l’incohérence de la politique étrangère américaine et européenne de ces dernières décennies. De plus la lune de miel entre Ryad et Washington qui perdurait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s'est brutalement interrompue au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Quinze des dix-neuf pirates de l'air était saoudiens ou d'origine saoudienne et l'opinion américaine découvrait avec stupeur la haine que les cadres religieux de la monarchie pétrolière vouent aux Etats-Unis et plus globalement aux valeurs occidentales. Engagées avant et après le 11 septembre 2001, la plupart des enquêtes anti-terroristes aboutissaient et continuent d'aboutir en Arabie saoudite, notamment les filières de financement
Le Pakistan ( qui soutenait jusqu'alors les talibans), au vu des preuves avancées par les USA, accorde son soutien à l’intervention américaine. Mais si les Etats-Unis interviennent avant tout pour répondre à l’attaque terroriste dont ils ont été victimes et à la lumière de la quasi-totalité des interventions américaines à travers le monde qui ont eu pour objectif final d’agir en faveur des intérêts américains une grande partie de l'opinion publique mondiale doute que, cette fois-ci encore, l’intervention américaine ne prendra pas en compte ce facteur.

Afin d'affirmer clairement leur autorité dans cette région du monde en faisant une démonstration de force, les USA décident seuls en janvier 2002 d'aller casser du Taliban en Afghanistan, avec leurs propres méthodes, ne laissant qu'un maigre strapontin à sa meilleure alliée, la Grande-Bretagne, et écartant les pays comme la France. En quelques semaines, le régime des talibans est balayé et GW bush, une semaine après la chute de kaboul, déclare : "Nous avons eu un bon début en Afghanisatan, mais beaucoup reste à faire (...) nous les traquerons jusqu'à la fin.".

Le bilan de la guerre d'Afghanistan.
La destruction d'Al-Qaida, objectif primordial de la " guerre contre le terrorisme ", est un échec : les principaux responsables de cette organisation restent introuvables, dispersés à travers le monde ou abrités dans les zones tribales de l'Afghanistan. Ils organisent des coups de main contre des troupes américaines ou fomentent des attentats dans divers pays du monde.
Si plus de 2,2 millions de réfugiés afghans sont rentrés du Pakistan et d'Iran depuis mars 2002 - avec l'aide des Nations unies - et si le "cas afghan" est souvent cité comme un exemple réussi en matière de transfert du pouvoir, le pays est loin, très loin d'être reconstruit et pacifié...
Des affrontements entre factions rivales tadjike et ouzbek etc.. sont fréquents. L'Afghanistan est redevenu le premier producteur et exportateur de morphine-base à destination de l'Europe. Parrains de la drogue et seigneurs de la guerre font encore la loi dans de nombreuses régions.
A Kaboul, le président Hamid Karzaï hésite pourtant à sortir de sa résidence. Il a toujours le plus grand mal à s'imposer au reste du pays et fait - en permanence - l'objet d'une protection rapprochée de gardes du corps étrangers.
Même si le contingent américain d'environ 5000 Hommes bénéficie de l'appui d'une force internationale, la FIAS - pilotée par l'OTAN qui assure ainsi depuis août 2002 sa première opération de maintien de la paix hors d'Europe - la communauté internationale apprend en Afghanistan ou plutôt réapprend que reconstruire un pays... cela prend du temps et cela coûte très cher...
Légitimée par la chasse à Oussama Ben Laden, la campagne d'Afghanistan aura permis - entre autres aux USA d'installer trois bases aériennes en Afghanistan, quatre autres dans le reste de l'Asie centrale, notamment en Ouzbékistan et un important dispositif terrestre dans le Caucase. Ainsi, l'équipée américaine en Afghanistan a reconfiguré la carte géopolitique dans l'Asie centrale. Des pays importants dans l'équilibre régional sont désormais à la portée des forces américaines. L'Iran se voit ainsi chauffé sur le flanc est. La Chine est en vue via les provinces de l'Ouest. Les anciennes républiques soviétiques en Asie centrale servent désormais de pied à terre aux forces américaines. Mais c'est à la porte sud de l'Afghanistan qu'il s'est produit le revirement stratégique le plus spectaculaire : le Pakistan décide de se dissocier des Talibans et de se ranger dans le camp américain.

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